Dévoreur de souvenirs (le) Vol.1 - Actualité manga

Dévoreur de souvenirs (le) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 23 September 2020

Lancée en début d'année avec les oeuvres de Sugaru Miaki, la jeune collection Moonlight des éditions Delcourt/Tonkam a accueilli fin août un nouveau représentant avec le diptyque Le Dévoreur de souvenirs, dont les deux volumes sont parus simultanément. De son nom original Kioku ya Gensaku, cette courte série a été prépubliée au Japon en 2017-2018 chez Square Enix, et il s'agit du tout premier manga de Kyôya Origami (scénario) et Nachiyo Murayama (dessin).

Tout commence par des premières pages assez mystérieuses où Ryôichi, alors jeune enfant, voit son amie d'enfance plus jeune que lui Maki ne plus se souvenir d'un événement traumatisant qu'elle a vécu la veille. Selon la grand-mère du garçon, pas de doute: il s'agit d'un coup du Kiokuya, un être mystérieux traînant dans le quartier depuis très longtemps et se nourrissant des souvenirs désagréables des gens, en les soulageant alors de choses qu'ils ne peuvent plus supporter. Ryô était alors persuadé qu'il ne s'agissait que d'un racontar à destination des enfants et n'y croyait pas du tout... Mais depuis, il a bien grandi, est désormais étudiant tandis que son amie Maki est lycéenne, et fait de plus en plus de recherches pour le club de sa fac autour des légendes urbaines. Quand Kyôko, une amie de la fac, s'intéresse elle aussi de près aux légendes urbaines et lui avoue avoir un profond traumatisme récent, le jeune homme ne sait pas encore que la légende du Kiokuya est sur le point de le frapper, à tel point qu'il cherchera à démêler la vérité en le recherchant activement.

Avec cette première moitié de série, le récit imaginé par Origami suit un déroulement plutôt classique dans les faits, les recherches de Ryô l'amenant bien vite à croiser des personnes elles aussi touchées de près ou de loin, directement ou indirectement, par l'insaisissable figure du Kiokuya, un être ne semblant donc pas n'être qu'une simple légende urbaine. L'enquête pour retrouver la trace de ce dévoreur de souvenirs n'est, en elle-même, pas bien surprenante ni palpitante, mais c'est voulu puisque, ici, le ton se veut très posé, le Kiokuya n'est a priori aucunement méchant puisqu'il n'agit jamais si ça peut nuire à ses victimes, et l'objectif est alors surtout de dépeindre différents personnages ayant chacun leurs propres raisons pour s'intéresser à cette légende urbaine. Et si les cas de Maki et de Ryô lui-même restent pour l'instant flous, les deux autres principaux concernés dans ce tome véhiculent tous deux des motivations assez différentes: tandis que l'une n'arrive pas à vivre avec le stress post-traumatique qui est en elle, l'autre aimerait surtout effacer la mémoire d'une personne chère pour qu'elle ne souffre pas et ne se laisse pas dépérir après sa mort.

En somme, que ce soit pour soi-même ou pour un être cher, chacun convoite le don du Kiokuya pour des raisons précises... et c'est à travers Ryô que les choses prennent leur sens, notre héros s'interrogeant beaucoup sur cette possibilité d'oublier ses souvenirs, et parvenant mal à accepter une telle chose puisque, il en est persuadé, ce sont tout ces souvenirs, y compris les douloureux, qui nous forgent, nous rendent plus fort et font de nous ce que l'on est... alors les oublier ne reviendrait-il pas à devenir une autre personne ? Le jeune homme a ici l'occasion d'expérimenter cette cruelle donne dès le début du récit avec son amie Kyôko, mais par la suite sa vision des choses pourrait se nuancer, car il y a peut-être des souvenirs parfois trop douloureux pour que l'on arrive à vivre avec.

Le sujet est classique, les réflexions le sont tout autant mais sont plutôt bien amenées, et le style narratif et visuel de Nachiyo Murayama colle bien à l'histoire en sachant la porter. A l'image du récit en lui-même, la dessinatrice mais en images les choses de façon assez posée, sans grosses montées de rythme, et avec une certaine sobriété y compris dans certains rebondissements qui auraient pu être forts en émotion. Il se dégage alors de l'ensemble une volonté de maturité. Quant aux dessins en eux-mêmes, ils sont propres, beaux et maîtrisés, avec une mise en scène claire, des designs soignés et réguliers, et des décors réalistes très présents. La petite pointe d'originalité vient des quelques instants où apparaît le Kiokuya, à l'allure imperceptible, et qui semble presque dévorer celles et ceux qui le croisent. Un petit parti pris graphique que l'on retrouve d'ailleurs sur la jaquette.

Et puisque l'on parle de la jaquette, soulignons une édition à la qualité tout à fait honnête. le rendu extérieur du volume attire assez bien l'oeil avec son vernis sélectif, et à l'intérieur le papier et l'impression sont d'honnête qualité et la première page en couleurs fait plaisir. Le travail de lettrage du studio Charon est convaincant, et la traduction de Rémi Buquet s'avère suffisamment soignée en collant plutôt bien au ton posé du récit.

En somme, la première moitié du Dévoreur de souvenirs, sans être particulièrement originale dans le traitement de son sujet, sait piquer la curiosité comme il se doit, et c'est avec attention que l'on lire la suite et fin de ce récit dans le deuxième tome.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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