HANZO NO MON © 1996 by KAZUO KOIKE / GOSEKI KOJIMA

PRÉFACE Des trente-six portes qui permettaient autrefois d’accéder au château d’Edo, il n’en reste aujourd’hui plus que onze, qui parsèment l’enceinte du Palais Impérial à Tokyo. À l’est s’étendent les jardins extérieurs et la grande esplanade ouverts au public, et l’on peut apercevoir de loin la demeure de l’Empereur. À l’ouest, surplombant les douves et empêchant tout accès, une muraille est percée d’une unique porte demeurant toujours close : Hanzômon, “la porte de Hanzô”, qui a donné son nom à la station de métro voisine ainsi qu’à la ligne qui la dessert. Lorsque le public découvre, en septembre 1978, la nouvelle série du “golden duo ” Kazuo Koike/Gôseki Kojima dans les pages de l’hebdomadaire Shûkan Gendai (Kôdansha), son titre évoque immédiatement l’Histoire avec un grand H. L’œuvre que nous connaissons en français sous le titre de La voie de l’assassin (sur le modèle de Path of the Assassin de l’édition américaine de 2006) s’intitule en japonais Hanzô no mon, en référence à la fameuse porte de Tokyo. Mais ce titre peut également être interprété comme “la voie de Hanzô”, désignant ainsi un enseignement prodigué par le maître d’une discipline martiale. Pour les deux auteurs de Lone Wolf & Cub (qui s’est conclu deux ans auparavant), ce choix n’est pas innocent. Kazuo Koike connaît en effet la fonction primordiale d’un bon titre, capable d’incarner le personnage principal tout en attisant la curiosité du lectorat. Samurai de l’époque Sengoku (qui s’étend du milieu du XVe siècle à la fin du XVIe siècle), Hattori Hanzô est une figure historique célèbre pour le rôle qu’il a joué aux côtés de celui qui deviendra le shôgun Tokugawa Ieyasu. Mais sa popularité explose véritablement à partir des années 1950, lorsque romanciers et cinéastes s’emparent de ses exploits pour en faire un ninja légendaire. Après presque une décennie de collaboration, le golden duo n’a plus besoin de faire ses preuves et maîtrise parfaitement son art. Le premier chapitre débute ainsi par une mise à l’épreuve de jeunes apprentis, entretenant une forme de mystère feutré avant que n’éclate la révélation de l’identité de celui qui va être le héros de cette grande fresque. Talent brut qui ne demande qu’à être poli, Hanzô forme un contraste avec la figure maladroite du futur shôgun qui n’est alors que Matsudaira Jirô Saburô Motonobu. Au moment où il découvre ce dernier au début du deuxième chapitre, le public japonais sait bien à quel destin grandiose ce personnage est promis : seigneur puissant, calculateur et impitoyable, acteur essentiel de l’unification du Japon et premier membre d’une dynastie qui marquera l’histoire du pays. Mais rien de tel pour attiser la curiosité que de suggérer que les événements ont pu se dérouler différemment – et que, peut-être, ce succès serait dû pour beaucoup aux agissements d’un autre, d’un véritable “homme de l’ombre”. En moins d’une cinquantaine de pages, le décor est planté. Et si l’on sait d’ores et déjà où l’histoire finira par nous mener, c’est, comme souvent, le voyage qui en fait tout le sel. Lancez-vous dès à présent sur la voie de l’assassin… Xavier Guilbert

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