Uzumaki + St John's Wort - Coffret

Review du dvd : Uzumaki + St John's Wort - Coffret

Publiée le Lundi, 30 September 2013

Les collections Asian classics et Asian cinéma de Studio Canal ont permis aux spectateurs de découvrir beaucoup de films. Chacun y a trouvé son compte : les fans de Kitano ont pu se jeter sur ses premiers longs métrages, les fans de cyberpunk et de cinéma expérimental sur les films de Shinya Tsukamoto (« Tetsuo »). La variété et des coffrets faits par des fans pour des fans étaient les maîtres mots. Avec Uzumaki et St John's wort, l'éditeur permet de découvrir deux poids lourds du cinéma d'horreur nippon, qui ne se cantonne pas à « Ring » ! « Uzumaki » n'est rien d'autre que l'adaptation cinématographique du manga horrifique « Spirale » de Junji Ito (sorti en 3 tomes et en version intégrale chez Tonkam). Quant à St John's wort, il s'agit de l'adaptation sur grand écran du sound novel « Otogiriso », un jeu vidéo sorti sur Super Nintendo en 1992, adapté sur Psone en 1999 et disponible sur la Virtual Console de la Wii depuis 2007...tout ça exclusivement au Japon.


Pour commencer, intéressons-nous à « Uzumaki », sorti en 2000 au Japon.

Dans la petite bourgade de Kurôzu, rien n'est plus tout à fait normal, avec l’apparition d’étranges événements. Les habitants développent une obsession morbide pour les spirales, entraînant des mutilations, transformations et morts énigmatiques. Face à cela, deux adolescents, Kirie et Shuichi, tentent de comprendre.


On le sait, après le succès critique et commercial (mérité) du « Ring » de Hideo Nakata, le Japon a vu se succéder les films d'horreur. Avec les modes au cinéma, le trop-plein est vite atteint, et cela fut le cas au milieu des années 2000, le genre étant beaucoup moins présent depuis. « Uzumaki » a participé à ce phénomène. Au départ manga d'horreur de Junji Ito, son adaptation a été confiée à Higuchi Akihiro (dit Higuchinsky, puisque l'homme est né en Ukraine), un producteur de vidéoclips, connu notamment pour avoir réalisé ceux du groupe de garage punk nippon TMGE (Thee Michelle Gun Elephant). Se plaisant à réaliser des parodies (voir son « Tokyo Eleven », ersatz de « Battle Royale »), Higuchinsky a fait un choix pour « Uzumaki » : son film est assez fidèle au manga de Junji Ito, mais nettement plus ennuyeux. S'il ne manque pas d'idées, notamment sur la forme, la narration ne suit pas, avec l'absence évidente d'un vrai fil conducteur. Ne vous laissez donc pas duper par les très beaux atours marketing arborés sur le derrière de la jaquette : non, « Uzumaki » ne s'inscrit pas dans la droite lignée d'un « Rage » (Cronenberg), du « Village des damnés » (Carpenter) ou de « The Crazies » (Romero). Ceux-là sont des films d'horreur cultes, « Uzumaki » est, au mieux, à voir par les fans du genre. Qui plus est, j'ai pour ma part trouvé que le film perdait beaucoup de son intérêt lorsque l'on avait lu le manga avant. Difficile donc de conseiller ce film : en ayant lu l'oeuvre originale, peu de scènes vous surprendront ; en ne l'ayant pas lu, vous risqueriez de vous ennuyer ferme.


Au demeurant, « Uzumaki » ne manque pas d'attrait. Comme on l'a dit, il y a d'abord l'aspect formel, avec pas mal d'éléments de mise en scène plutôt intéressants : les angles de vue, la caméra qui tourne sur elle-même (normal, le film traite du thème de la spirale), l'esthétique des escargots, la domination d'un jaune poisseux, d'un bleu nuit et d'un vert terreux, le tout pouvant évoquer discrètement du Tim Burton et du Guillermo del Toro (mais vite fait, hein...). Il y a ensuite le casting prometteur sur le papier, composé de grands acteurs (le génial Ren Osugi, observé dans tous les bons films de Kitano et de Miike) ou d'acteurs qui ont fait leurs preuves dans les films d'horreurs : Shin Eun-Kyung (qui a participé à « The Ring Virus », l'adaptation sud-coréenne de « Ring »), Hinako Saeki (« Ring 2 »), Denden (« Cure »).


Pourtant, les aspirations trop formelles du réalisateur ont raison de son film. D'une part, le film semble être davantage prétexte à de la création visuelle qu'à résoudre les clefs de l'intrigue. La fin risque donc d'en frustrer plus d'un, mais heureusement, vous aurez toujours l'oeuvre originale chez Tonkam pour trouver les nombreuses réponses manquantes ! D'autre part, l'ensemble confine plus au genre fantastique qu'à l'horreur pure. J'ai pour ma part davantage été tenté de rapprocher cet « Uzumaki » du « Shiki » de Fuyumi Ono et Ryu Fujisaki que de l'oeuvre de Junji Ito dont il est issu. Le fait est que le cinéaste a raté sa transcription du « style Junji Ito » (des images monstrueuses mêlé à un ton parfois grotesque) à l'écran, délaissant l'aspect morbide qui aurait pu être ultraviolent à l'écran pour du surréalisme plus grand public, sans doute. En témoigne le contraste entre les débuts mièvres et les événements monstrueux par la suite (exemple : la balade à vélo de Kirie et Shuichi sur un fond sonore guilleret, suivie de séquences horrifiques quelques instants plus tard). Le film se situe par conséquent dans un entre-deux désagréable. Et ce ne sont pas les effets spéciaux ratés (notamment à la fin...), ramenant à de la série B, qui arrangent le tout. Quand bien même l'ambiance générale demeure pessimiste et angoissante, elle ne l'est donc jamais assez. On n'est jamais franchement terrifié. De plus, les interprétations s'avèrent au final très ternes, sauf pour Ren Osugi (ce n'est pas une surprise).


S'agissant de la fidélité au manga, les fans seront agréablement surpris de voir certains plans littéralement copiés des planches du manga. Mais ils seront également étonnés de constater l'absence de la mère du personnage de Kirie, et de voir le film faire un gros détour dans la niaiserie et le lourdingue pour suggérer au spectateur qu'il y a bel et bien un lien sentimental entre Kirie et Shuichi. A noter que le cinéaste s'est permis une petite référence à l'oeuvre originale : effectivement, dans une scène où un policier regarde une affiche d'une personne recherchée, la photo n'est autre que celle de Junji Ito, créateur du manga.


Les fans du manga risquent donc d'être déçus, notamment parce que cette adaptation cinématographique n'est pas aussi puissante que l'oeuvre de Junji Ito, mais aussi parce qu'elle s'avère plus proche de la bizarrerie fantastique que d'un film d'horreur original. L'esthétique est réussie, le ton et l'esprit ratés : ambiance très inégale, et donc fatale.
(« Uzumaki » : 10/20).

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En second lieu, voici une critique « St John's wort », sorti en 2001.

Une petite entreprise achève un nouveau jeu vidéo appelé « St John's Wort ». Le créateur du jeu, Kohei, fait de sa petite amie Nami, l'héroïne de son jeu. Ils sont accompagnés dans leur travail de Shinichi, programmeur, et Toko, modélisatrice. Kohei et Nami se rendent dans la demeure que celle-ci a héritée de son père. Le couple décide de filmer les pièces de la demeure et de s'en inspirer pour un futur jeu vidéo. Kohei découvrira que le père de Nami n’était autre que Kaizawa Saichi, un peintre aux oeuvres des plus torturées. Les photos et peintures donneront les clefs du passé oublié de Nami et de sa famille.


« St John's wort », c'est d'abord la traduction anglaise du surnom d'une plante connue pour ses effets antidépresseurs : le millepertuis perforé, dit herbe de la Saint-Jean. C'est ensuite un roman à succès japonais, qui a donné lieu à la création d'un jeu vidéo sous forme de sound novel. C'est enfin, en ce qui nous concerne, un film réalisé par Shimoyama Ten, qui a eu un objectif : avec un budget réduit, un tournage en DV (merci le « Projet Blairwitch ») et des filtres pour l'image, « St John's wort » vise à mélanger cinéma et jeu vidéo de façon inédite, en multipliant les références. Pari réussi ? En partie. Le film ne méritait en tous cas pas les huées reçues lors de sa présentation au festival Gérardmer. Peut-être le public espérait-il voir un film d'horreur novateur comme il est le plus souvent présenté... Sans doute la communication autour du film a-t-elle été ratée, car « St John's wort » vaut bien plus pour son aspiration à confondre les frontières entre jeu vidéo et cinéma que pour son ambiance.


Le plus réussi dans St John's wort est incontestablement sa mise en scène. Le début, notamment, témoigne nettement de ce que veut faire le réalisateur. Lorsqu'un gardien vient remettre à Kohei et Nami les clefs de la maison, le réalisateur crée à l'écran une interface de jeu vidéo faisant apparaître en haut de l'écran l'objet fraîchement acquis. La suite est du même acabit : multiréférentielle. L'ambiance survival horror est bien là, et ne fait aucun doute lors de la scène d'entrée dans la demeure familiale, copie conforme de l'introduction de Resident Evil. Puis, c'est le jeu d'aventure point n'click qui s'avère illustré. Le couple doit en effet explorer les différentes pièces de la maison comme des niveaux avec, forcément, des indices à trouver, des énigmes, des portes, et de nombreuses questions se posant au détour des objets découverts. Que signifient tous ces tableaux d’enfants sur les murs ? Qui est donc Naomi, une jeune fille présente sur les photos ressemblant fortement à Nami ? Que cache le tableau non achevé de Kaizawa ? Troisième influence à peu près certaine : Metal Gear Solid, puisque Kohei et Nami communiquent via GSM et ordinateur portable. Mais les références ne sont pas là pour faire jolies. Le réalisateur fait vraiment les choses bien, puisqu'au-delà du cheminement narratif, c'est toute la mise en scène du film qui est imaginée comme un jeu vidéo. Les angles de vue fixes, par exemple, ne donnent qu'un point de vue restreint sur les décors (merci Capcom !). Les effets visuels sont également ceux du jeu vidéo. Les décors semblent volontairement peu fouillés pour coller à l'ambiance de n'importe quel jeu de l'époque PSone. Le hors-champ joue un rôle important tant en matière visuelle que narrative. En effet, le fait que Kohei ne cesse de filmer avec sa caméra est une forme de mise en abîme habile, qui permet d'interpréter les images de manières multiples. De plus, cela permet au spectateur de vraiment se prendre pour un personnage de jeu vidéo. La frontière entre le réel et le virtuel est en permanence remise en jeu (...jeu de mots involontaire, évidemment !), grâce notamment aux nombreuses transitions entre la maison et les bureaux du studio de développement. Bref, « St John's wort » n'aurait pu être qu'un film expérimental, mais s'avère étonnamment maîtrisé. Sa mise en scène rappellera avec force nostalgie de beaux moments à tous les rétrogamers (autrement dit, tous gamers de plus de 25 ans aujourd'hui, biberonnés de consoles 16 et 32 bits) !


Toutefois, le film est inégal dans son déroulement. Après un début réussi, il faut bien avouer que l'exploration de la maison est calme, lente... ennuyeuse. C'est dans son dernier segment que le scénario finira enfin par se secouer, perdant du même coup un peu de son intérêt, les clefs du mystère cédant à la facilité. De plus, la mise en scène perdra de son originalité, côtoyant non plus le jeu vidéo mais n'importe quel mauvais film d'horreur, à grands coups de pseudo-surprises surgissant subitement à l'écran, un rythme soudainement plus rapide, une bande son qui s'emballe : tout ça est en total contraste avec toutes les idées exposées auparavant. Dommage. Mais on ne peut être totalement déçu par ce changement brutal dans l'essence de la mise en scène, puisque les dernières minutes nous prouveront qu'il se justifiait. Notons que « St John's wort » se rapproche sur sa fin de l'« eXistenZ » de David Cronenberg (un autre film ayant tenté de s'intéresser à la frontière entre jeu vidéo et cinéma... « tenté » car le résultat final est quand même assez médiocre), et qu'il propose en guise d'ultime référence une fin alternative plaisante.

Pour résumer, si le scénario de « St John's wort » ainsi que ses personnages (ne serait-ce que Toko, l'hystérique insupportable) ne sont pas ce qui se fait de mieux en la matière, c'est l'exploitation de l'idée de départ, franchement réussie, le film dépassant son côté expérimental pour se révéler vraiment maîtrisé (sauf sur sa fin) qui séduit. Bon, après, si vous voulez une vraie expérience de jeu, brisant la frontière entre jeu et cinéma, renforcée par une ambiance géniale et un scénario qui vaut le détour, autant préférer n'importe quel Silent Hill, voire Alan Wake.
(« St John's wort » : 12/20).


Notons que ce coffret est nettement moins riche que ceux consacrés aux films de Kitano, de Miike et de Tsukamoto sortis dans la même collection. Pas de livret (aïe !), et des DVD sans bonus. Il aurait par exemple été fortement appréciable de voir un making-of de « Uzumaki » faisant le lien entre des scènes du film et des planches du manga.

Porté par une idée originale bien exploitée, « St John's wort » plaira aux amateurs de jeu vidéo et aux curieux. Son réalisateur a depuis prouvé qu'il n'était pas là pour faire de la figuration, puisqu'il a réalisé « Shinobi », l'adaptation du manga « Basilisk ». Quant à « Uzumaki », lui-même adaptation du manga « Spirale » de Junji Ito, l'ambiance est trop hésitante pour être satisfaisante, et les partis-pris formels prennent trop le dessus sur le reste. Les fans pourront donc se contenter du manga.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
RogueAerith

11 20


Note de la rédaction





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