Tsuru Moriyama - Actualité manga
Dossier manga - Tsuru Moriyama

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Sommaire

Publié le Jeudi, 17 March 2011


Le père et la mère idéaux selon Moriyama


Engagées et sincères, les deux oeuvres de Tsuru Moriyama dont il est ici question sont portées par deux personnages principaux qui revêtent volontiers l'image de ce que peuvent être des parents dignes de ce nom dans les milieux populaires nippons. A travers quelques grans axes, voyons en quoi Takeshi Kumada et Kazuko sont si admirables.


Des caractères forts


On l'a déjà dit, les héros de Moriyama sont portés par des personnalités fortes, voire un brin excessives, qui transparaissent à chaque page.

Dans Mon vieux, Takeshi Kumada est très clairement un homme qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Et de toute façon, il faut bien avouer qu'en voyant son apparence d'ours bougon, on n'a pas forcément envie de lui chercher des noises. Viril à l'excès, ce père de famille tout juste sorti de prison réapparaît dans la vie de sa famille comme une tempête, redictant d'emblée sa loi, pouvant par exemple paraître un brin macho dans sa façon de parler à sa femme ou, de manière plus générale, dans sa façon de communiquer avec les autres. Une action silencieuse et impétueuse, deux ou trois mots directs... Kumada sait se faire comprendre du tac au tac, mais, aux yeux des autres, peut apparaître très effrayant.
Est-ce que cela en fait pour autant un mauvais bougre ? Bien sûr que non. Car derrière cette apparence à la fois impressionnante et apeurante se cache un homme fort de ses inébranlables convictions. Digne quoi qu'il arrive, pourvu d'un sens de l'honneur sans égal, préférant foncer dans le mur et souffrir plutôt que de revenir sur des paroles en lesquelles il croit dur comme fer, Kumada dégage des valeurs fondamentales aujourd'hui en partie oubliées, et qui ne sont pas sans rappeler les principes qui régissaient l'esprit du bushido, ou fierté et honneur primaient.

Cet esprit du bushido, nous le retrouvons également à travers Kazuko, la mère d'un Bol plein de bonheur, qui n'hésite pas à déclarer à son fils qu'elle le tuera et se tuera ensuite s'il devient un mauvais homme, voire à lui demander de se faire seppuku si cela devait arriver. Ici aussi, fierté et honneur passent avant tout et nous rappellent que nous devrions nous-même accorder plus d'importance à ces valeurs tendant à disparaître.
A côté de ça, Kazuko, tout au long du volume, ne cesse d'apparaître forte. Véritable mère-courage, elle s'épuise au travail pour satisfaire son enfant, et n'hésite pas à le protéger avec verve, y compris en s'armant d'un balai lorsque yakuzas, créanciers ou pères de famille en colère viennent lui chercher des noises.
 
 
  
  

Ma famille avant tout


Cette force de caractère, ces deux figures parentales vont avant tout la mettre au service de leur progéniture, leur principale raison de vivre, qui passe avant leur propre existence.

Armé de ses indéfectibles valeurs, Kumada n'aura de cesse de chercher à les inculquer à son entourage, à commencer par son fils Yosuke, lâche et peu protecteur au début du manga. A coups de grandes leçons de baston et de grandes paroles infligées par son paternel, le jeune homme pourrait bien changer, trouver le déclic qui lui fera dire qu'être un homme, c'est ça.
Pour protéger sa fille, Kumada n'hésitera pas à aller se frotter à des yakuzas, cherchant à changer le comportement de sa petite frappe de beau-fils. A travers son sens de la vertu et de l'honneur, le "vieux" parvient à changer tout son entourage pour le plus grand biens des siens.
Quant à sa femme, c'est dans une émotion totalement dissimulée qu'il la retrouvera, mais une émotion bel et bien présente, que l'on pourra percevoir, par exemple, à travers les pensées lui revenant en tête, sur sa rencontre et les débuts de sa relation avec elle, puis sur la naissance de leurs enfants dont il a été longtemps éloigné. A de nombreuses reprises, les souvenirs semblent animer cet homme.
Mais l'exemple le plus parfait de l'importance que peut avoir sa famille pour Kumada reste probablement sa peine de seize années de prison, dues au fait qu'il n'a pas hésité à massacrer des voyous qui s'en prenaient aux siens. Envers et contre tout, sans se soucier des conséquences, Kumada est totalement animé par son amour pour sa famille, amour aucunement annihilé par son long séjour en prison, bien au contraire, puisqu'il en ressortira toujours pourvu de ses nobles sentiments, et bien décidé à rattraper au plus vite tout ce temps perdu auprès des siens.

L'importance de la famille chez Kazuko apparaît encore plus franchement, puisque c'est l'ensemble de sa vie qui se voit totalement tournée vers son enfant. Ne rechignant pas au travail au point d'en tomber malade pour offrir des études correctes à Hiroshi, lui inculquant les valeurs dignes d'un homme avec une infinie patience, tâchant tant bien que mal de lui offrir de la nourriture qu'il aime et des cadeaux malgré la pauvreté, la femme tournera toute sa vie autour de son fils, sera toujours présente pour lui et uniquement pour lui, parviendra même à toucher au plus haut point des hommes qui n'ont pas eu la chance d'avoir une mère aussi dévouée. Kazuko est omniprésente dans la vie de Hiroshi, et ce d'un bout à l'autre, de ses premières années de mère jusqu'à sa dernière vieillesse. Et cela, Hiroshi en prendra parfaitement conscience, ne pouvant qu'admirer et remercier tout ce que cette femme a pu faire pour elle, tout le courage qu'elle a pu montrer pour faire de lui un homme respectable. La relation entre la mère et le fils s'en voit ainsi sublimée.
 
 
 
 

Le sens du sacrifice


Cet amour de la famille se ressent à chaque instant par un incroyable sens du sacrifice.

Pour protéger sa famille de voyous, Kumada n'hésite pas à massacrer violemment les dits voyous, sachant pertinemment ce qui l'attend derrière. Mais il n'y pense guère: armé de son seule amour pour les siens, il reste bien décidé à se sacrifier pour leur bien.
Et des années plus tard, ce sens du sacrifice reste bien présent, puisqu'il n'hésitera pas à payer de sa personne auprès de yakuzas pour permettre à son beau-fils de s'extirper de ce sombre milieu.

Dans un Bol plein de bonheur, c'est l'ensemble de la vie de Kazuko qui apparaît comme un sacrifice pour le bien de son fils. Quittant dès les premières pages du one-shot son mari, elle sait d'avance vers quoi elle s'engage, a conscience que son existence de mère célibataire ne sera jamais aisée, et qu'il lui faudra se battre pour offrir une vie décente à son fils, ce qui la rend d'autant plus admirable. Pour le bien de son enfant, pas question de baisser les bras: la mère ne cessera jamais de travailler pour subvenir aux besoins de Hiroshi, ne profitera jamais vraiment de sa propre vie. Elle ne s'offrira jamais de petits plaisirs, puisque son seul véritable plaisir sera de voir son enfant grandir comme il le faut.
 
 

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