Gangsta - Actualité manga
Dossier manga - Gangsta
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Publié le Vendredi, 12 June 2015


Wicked game

    

Sexual healing

  
Malgré ce contexte sombre et souvent pesant, Gangsta a plusieurs atouts pour rester une œuvre particulièrement entraînante, à commencer par le charisme de ses personnages. Les protagonistes ont de véritables gueules, qui renforcent le côté « badass » de l'oeuvre. La mangaka nous le dit elle-même : « pour dessiner Nicolas, commencez par faire un mec moche ». Warwick est quant à lui le séducteur à la chevelure cendrée et à la pilosité fort virile, avec le zeste de mystère que lui confère son bandeau. Alex, malgré son physique avantageux, a un design plus classique (encore que les héroïnes à la peau brune se fassent rares dans le monde du manga), et remplit ainsi son rôle de passerelle avec le lecteur : un être normal, au milieu de ces bêtes de foire ! Pour le reste, on croisera beaucoup de stéréotypes inhérents au genre du polar noir : le vieux flic et son jeune apprenti, le parrain réconfortant, les femmes fortes... mais aussi une ribambelle de visages plus juvéniles, des « enfants soldats » qui sont rentrés précocement dans cet univers de violence. 
   
Mais Gangsta, au-delà de ses personnages stéréotypés, c'est aussi une ambiance sensuelle beaucoup plus implicite. Si l'aspect sexuel est représenté de manière frontale au travers de la prostitution (féminine comme masculine), le titre garde toujours une atmosphère sulfureuse, quelle que soit la situation. Pour aller au plus évident, on pensera au physique de la belle Alex, et des séquences humoristiques de tripotages, souvent sanctionnées par un coup de poing ou une gifle. Mais dans chaque planche transpire une certaine moiteur, avec des demoiselles sexy sans tomber dans la vulgarité. Et ces messieurs ne sont pas en reste : chères lectrices, vous aurez tout le loisir de contempler les impeccables abdominaux de Warwick. Et pour les amatrices de boy's love, de nombreux passages pourront faire tourner votre « yaoimeter » à plein régime ! Si l'auteure en met en avant aucun couple homosexuel (mis à part un couple féminin, et encore, cela est simplement suggéré sur deux cases), il sera surtout question de relations de franches amitiés, forgées depuis l'enfance. Mais si Nicolas et Warwick vivent sous le même toit, chacun mène sa vie comme il l'entend, et il est rare que les deux partenaires dînent ensemble ! Plus que de rapports amoureux, il est ici question de « bromance », de rapports de confiances sincères et exclusifs, et de compréhension mutuelle. 
   
   
   
   

Open wounds

  
Ces rapports sont d'autant plus importants dans cet univers que nos deux héros sont des écorchés vifs. Et leur complicité est d'autant plus nécessaire au vu du handicap de Nicolas. Le traitement de la surdité et de l'expression en langage des signes par l'auteur est d'ailleurs intéressant. Lorsqu'il parle en langage des signes, Nicolas s'exprime par des phylactères noirs. Sur le premier chapitre, on ne comprend pas tout de suite, jusqu'à ce que ce soit véritablement explicité. Et lorsqu'il s'exprime avec sa voix, la typographie use de caractères déformés, pour souligner l'étrangeté de sa prononciation. Si un tel handicap est peu commun pour un personnage central (hormis dans des œuvres centrées sur le problème, comme récemment The Silent Voice), Nicolas agit de manière normale, et la communication n'est jamais un problème en soi. Notre protagoniste est déjà relativement peu expressif par nature, et préfère largement laisser la main à Warwick pour les négociations. Cependant, plusieurs personnages feront un pas vers lui en apprenant à leur tour le langage des signes, preuve de l'attachement et de la fascination qu'ils peuvent vouer à cet énigmatique personnage. Parmi les autres « égarés », on compte Doug, qui a gardé une apparence juvénile et qui se sait voué à une mort rapide. Celui-là décide de vivre sa courte vie à fond, quitte à faire les mauvais choix et à viser les mauvaises personnes. 
   
Comme nous le disions précédemment, la mangaka Koshke semble privilégier les petites histoires à la grande. En six volumes, les personnages croisés sont très nombreux, et différents liens se tissent entre eux. Il y a les rapports paternalistes, les serments de protections entre les parrains et leurs subalternes, les relations d'égal à égal... et quelques romances éparses. Outre les crépusculaires qui y sont rassemblés de force, Ergastulum réunit aussi des personnes normales qui ont laissé leur passé derrière eux, mais ce passé peut aussi ressurgir avec fracas. Derrière ces attitudes frivoles, Warwick cache une histoire tumultueuse qui ne manque pas de le réveiller en pleine nuit, tandis qu'Alex retrouve peu à peu sa mémoire, altérée par les drogues. On assistera également à plusieurs flashbacks sur l'enfance des personnages : bon nombre d'entre eux ont grandi ensemble, et l'on comprend d'autant plus la fraternité qui les unit, dans les moments de joie comme de douleur.
    
   
      

GANGSTA © Kohske 2011 / Shinchosha Publishing Co.