The Garden of Words - Actualité anime

The Garden of Words

Critique du dvd : The Garden of Words

Publiée le Jeudi, 29 Décembre 2016

Takao, lycéen de 15 ans plutôt mélancolique et solitaire, possède le rêve quasiment impossible de vivre de sa passion pour la cordonnerie. Séchant les cours, il préfère vivre un peu dans son monde et part souvent chercher l'inspiration pour ses designs de chaussures et allant se poser dans le kiosque calme d'un jardin japonais. Mais un jour, il y croise une femme venue elle aussi s'installer dans le kiosque, bière et chocolat en mains de bon matin. Il la croisera encore de nombreuses fois, faisant peu à peu connaissance avec cette femme plus âgée que lui, si bien qu'un lien finit par se créer entre eux un lien à la nature unique, qui va changer leur vie.


Depuis ses débuts dans l'animation en 2000 avec le court-métrage très remarqué Kanojo To Kanojo To Neko, Makoto Shinkai est un réalisateur qui, à chaque nouvelle oeuvre, a su s'imposer un peu plus dans le coeur de nombre de fans d'animation japonaise, grâce à la sensibilité de ses récits et à un travail visuel à chaque fois brillant, travail d'autant plus impressionnant quand on sait que l'artiste a souvent conçu ses oeuvres avec un staff très très limité pendant ses premières années de carrière.
Après avoir sorti en 2012 l'aventure fantastique Voyage vers Agartha qui divisa un petit peu plus les fans, nous avons pu retrouver l'artiste en 2013 avec un moyen-métrage de 46 minutes, Garden of Words. Sorti sur les écrans japonais à la fin du mois de mai 2013, proposé en avant-première en France en octobre de la même année avec la présence du réalisateur, et parue ensuite chez Kazé en DVD et Blu-ray en 2014, cette oeuvre à nouveau produite par Comix Wave voit Shinkai revenir dans quelque chose de plus réaliste, ce qui se ressent particulièrement dans un impact visuel que l'artiste n'avait jamais cherché à pousser si loin.


Car ce qui bluffe bien en premier lieu lorsque l'on voit The Garden of Words, c'est la perfection visuelle, mêlant réalisme, contemplation et aspect intimiste autour des deux principaux personnages. Au poste de directeur artistique, Shinkai a choisi de refaire confiance à Hiroshi Takiguchi, qui avait déjà travaillé avec lui sur Voyage vers Agartha, et qui possède une certaine notoriété au niveau des décors. Ici, un réalisme saisissant apparaît à chaque vue de la métropole , et encore plus à l'observation du jardin japonais où se retrouvent les deux personnages principaux. On connaît ensuite le goût de Shinkai pour chercher à sublimer ces décors, qui ici ne sont jamais statiques : en plus de fourmiller de détails, de vues panoramiques et de ces jeux de lumière que Shinkai affectionne tant, chaque scène bénéficie d'éléments en doux et hypnotique mouvement : le doux flirt d'une branche avec l'eau de l'étang du jardin, la pluie qui tombe, les lumières et mouvements de la ville... tout est un appel adressé à nos sens pour saisir la beauté d'instants souvent fugaces. Dans ce souci de réalisme, on sent que les jeux d'ombre, les reflets lumineux et les couleurs ont eux aussi bénéficié d'un énorme travail, de manière à véritablement donner l'impression que Yukino et surtout Takao se fondent dans le décor, qu'il s'agisse de la ville grouillante de monde ou des feuillages du jardin japonais. Et à cela, il faut ajouter le souci de mise en scène : il y a bien sûr ces plans contemplatifs déjà évoqués, mais également certains gimmicks de Shinkai comme ces petits travellings rendant des scènes a priori banales très immersives.


Au-delà de la beauté visuelle pure de The Garden of Words, le plus brillant dans l'oeuvre est sans doute la manière dont Shinkai et son staff ont su faire en sorte que ce travail graphique serve entièrement le scénario, cette histoire d'un lien qui se crée entre deux êtres que l'on apprend à découvrir peu à peu. Nous faisons connaissance, parfois à demi-mot, avec un lycéen ayant un rêve qui semble irréalisable dans nos sociétés modernes, et une femme qui a connu plusieurs choses très difficiles au point de ne plus savoir que faire de sa vie. Deux êtres à l'écart, un brin déphasés par rapport à la société qui les entoure, et qui sont en quelque sorte dans leur monde. Deux êtres qui peinent à avancer, mais qui, au fil de leurs rencontres, pourraient retrouver la force d'aller de l'avant.


L'intrigue est aussi simple qu'humaine dans son réalisme, mais elle est bel et bien sublimée par les visuels et par différentes trouvailles assez symboliques.

D'emblée, le cadre choisi pour les rencontres de Takao et Yukino, ce kiosque caché dans un jardin, pose un lieu bien délimité parfait pour faire ressortir l'intimité des moments passés par Takao et Yukino ensemble. Takao est un personnage d'emblée assez solitaire, un peu dans son monde, et quand il marche avec son parapluie on sent que ledit parapluie lui permet en quelque sorte de se créer un espace intime autour de lui. Quand il arrive au kiosque et retrouver Yukino, le parapluie se ferme, le kiosque prend le relais, l'atmosphère d'intimité en ressort grandie, on ressent réellement que l'espace intime de Takao s'élargit à l'espace intime de Takao et Yukino. Des éléments de mise en scène marquent également, comme lors de leur première rencontre : l'orage s'abattant derrière Yukino quand elle récite quelques vers jette immédiatement aux yeux de Takao une sorte d'aura presque divine autour de cette jeune femme, dont il découvrira pourtant au fil des rencontres qu'elle est elle aussi on ne peut plus humaine dans ses tourments.


Omniprésente dans l'oeuvre puisqu'elle marque les moments de retrouvailles entre les deux personnages, la pluie est-elle aussi un important témoin du lien intime entre Takao et Yukino. On pourrait même étendre l'idée à la météo de manière générale, notamment via les éclaircies qui ont aussi leur importance, ou via l'évocation à plusieurs reprises des bulletins météo dans les médias. Mais c'est bien cette pluie qui parle le plus, tant elle semble constamment symboliser les émotions des deux êtres, se faisant parfois silencieuse pour laisser place à une mélodie au piano minimaliste, afin de faire ressortir au mieux les instants d'osmose entre les deux âmes perdues. Les instants plus tendus, comme à la fin, voient au contraire la pluie redoubler de bruit pour accompagner ce que ressentent les personnages.
En somme, on connaît bien le goût de Makoto Shinkai pour créer avec un talent fou des ambiances et lieux intimes, et il le prouve à nouveau dans The Garden of Words, ce qui lui permet comme souvent d'être au plus près de ses personnages.



Comme le laisse deviner le titre anglais de l'oeuvre, les mots ont eux aussi une importance capitale dans la connexion entre les personnages, que ce soit dans les discussions qu'ils ont tous les deux, ou dans les citations de vers extraits du Manyôshû. Ce livre, plus vieux recueil de poésie japonais connu, n'a évidemment pas été choisi au hasard, pour ce que laissent comprendre les vers déclamés concernant l'évolution du lien entre Takao et Yukino.

Il y a, enfin, toute la symbolique autour des pieds, des chaussures et de la marche. Les fans de Shinkai l'auront peut-être déjà constaté au fil de ses précédents travaux : l'artiste a un certain goût pour dessiner avec élégance et raffinement les parties les plus basses du corps humain, et il le montre mieux que jamais ici : le rêve de Takao est de fabriquer des chaussures, les premières images que l'on a de Yukino dans le film sont sur ses pieds... et cela a une réelle importance dans le film. Yukino avoue en effet à Takao ne plus être capable de marcher dans la vie, suite aux événements difficiles qu'elle a vécus. Sa rencontre avec un amateur de chaussures, ces objets servant à mieux marcher sans se faire mal, est évidemment un symbole fort... Tandis que Yukino est quelque part sauvé par sa rencontre avec Yukino, saura-t-il lui-même être le "soulier" qui permettra à la jeune de réapprendre à marcher seule et à avancer dans la vie ? A ce titre, l'une des scènes finales, où Yukino court pieds nus dans les escaliers veut tout dire.



En seulement trois quarts d'heure, The Garden of Words est une oeuvre  intelligente, sensible et belle qui marque en profondeur, qui impressionne autant pour ses visuels que pour ses symboles, et pour toute la justesse de son propos humain tout en émotion contenue et en intimité. Aucune rallonge inutile, rien à jeter : il s'agit sans nul doute de l'oeuvre la plus aboutie de Makoto Shinkai à ce jour (en attendant impatiemment de voir Your Name, bien sûr).
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

18 20


Note de la rédaction
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