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Dvd - Volume

The Housemaid

Age conseillé
16+
Note de la rédaction
Note des lecteurs
Price
14.95 €

Euny est engagée comme aide-gouvernante dans une riche maison bourgeoise. Le mari, Hoon, la prend pour maîtresse. La vie de toute la maison va alors basculer…


Dvd Bonus:

Les personnages (VOST) :

    Euny (2’34”)
    Hera et Byung-shik (3’04”)
    Hoon (2’52”)

Bêtisier (3’18” - VOST)
Making of (10’43” - VOST)
« The Housemaid » au festival de Cannes (5’29” - VOST)
Dans les coulisses du film (15’30” - VOST)

Euny (Jeon Do-Yeon), serveuse dans un restaurant, est engagée comme aide-gouvernante dans une demeure bourgeoise, chez la famille Go. Elle s'occupe de Hera (Seo Woo), la maîtresse de maison qui attend des jumeaux, et de sa fille. Les différentes tâches sont réparties entre Euny et la première gouvernante, Byung-Shik (Youn Yuh-Jung), plus âgée qu'elle. Mais lorsque le mari, Hoon (Lee Jung-Jae) prend Euny pour maîtresse, la hiérarchie est bouleversée.

The Housemaid est le remake de La Servante, succès du cinéma coréen au début des années 1960. Le cinéaste Kim Ki-Young, contestataire, y décrivait la liaison entre un homme marié et sa bonne qui virait au drame voire à l'épouvante. Dans ce remake de 2010, Im Sang-Soo transpose l'intrigue dans le Séoul contemporain, avec un changement majeur par rapport à l'original : l'action ne se déroule plus au sein d'une famille de la classe moyenne, mais chez la grande bourgeoisie.

Im Sang-Soo est connu pour avoir filmé, dans The President's last bang et Le vieux jardin, deux événements majeurs de l'histoire sud-coréenne récente. Dans The Housemaid, c'est le drame social qui prédomine. Mais le mélange des genres est patent puisque The Housemaid comporte de même une critique sociale poussée et un aspect thriller érotique qui renforce la violence déjà présente.
Le suspense est, c'est une habitude dans le cinéma sud-coréen savamment jaugé. Ce drame social est anxiogène, et l'issue est bien incertaine.

Point marquant, que ce soit au travers des décors, de l'ambiance, du jeu de caméra, de la symbolique, tout contribue à faire de The Housemaid une oeuvre stylisée toujours à la limite de l'excès. L'esthétique du film dégouline de raffinement puisque l'on se situe chez la très haute bourgeoisie. Niveau décors, c'est marbre et tableaux connus. La richesse de cette famille sud-coréenne ne cesse de renvoyer à la culture occidentale, puisque le mari Hoon joue tantôt du Beethoven, tantôt écoute la Callas, tantôt s'inonde le gosier de grands vins.

Comme dans ses films précédents, le ton dénonciateur et le libre arbitre de Im Sang-Soo, cinéaste engagé, se font bien sentir. Ainsi, la dénonciation du rapport de classe est évident. Le contraste entre la scène d'ouverture, dans les quartiers populaires, et l'enfermement progressif dans la villa luxueuse, est filmé avec brio. Le sens de l'évolution scénaristique et du rythme de Im Sang-Soo est beaucoup plus abouti que dans ses films précédents. S'agissant toujours de ce rapport de classes, la coutume voulant qu'une domestique puisse faire valoir ses droits au détriment de la hiérarchie sous prétexte qu'elle est enceinte de son maître ne joue pas ici. La famille Go détient une puissance telle qu'il ne serait jamais question de remettre en cause son pouvoir. Euny sera dépourvue de tout moyen pour lutter contre toutes les furies liguées contre elle : la femme de Hoon, la mère, la gouvernante. Au-delà, Im Sang-Soo s'intéresse aussi la figure féminine. Les femmes, quel que soit leur rang, usent et abusent de mesquinerie, et bien plus encore, mais leur pouvoir n'est pas réel. L'homme et son argent triomphe, et c'est en fait, plus qu'Euny, toutes les femmes qui sont esclaves plus ou moins directes du chef de maison. La critique sociale a néanmoins une particularité. Une symbolique mythologique, prégnante, étonne tout au long du film.Il s'avère que la critique sociale s'avère souvent liée à cette dimension mythologique. La famille Go, dans leur gigantesque demeure sur les hauteurs de Séoul, domine les mortels comme les dieux de l'Olympe et les personnages vont jusqu'à porter des noms de dieux grecs (Hera).

Plus encore que la mythologie, la mise en scène entraîne le film dans une ambiance de tragédie grecque dans laquelle les personnages s'entretuent. Etonnant de constater que c'est un cinéaste sud-coréen, en s'appropriant les règles, qui parvient à renouer avec un genre occidental historique, la tragédie grecque, dont la substantifique moelle n'a été que rarement évoquée par des oeuvres occidentales ces dernières années. Im Sang-Soo en profite pour nous montrer tout son talent avec travellings dans les couloirs de la villa (on songerait presque à Shining !), des effets de symétrie dans les cadrages, des éclairages qui profitent des décors luxueux.

The Housemaid est donc très stylisé et élégant. Mais, jouant sur la démesure, il confine parfois au ridicule. Il en est ainsi des thèmes abordés, forcément caricaturaux (la lutte des classes sud-coréenne avec mauvais maîtres et servante innocente). Il en est de même d'une scène érotique et du règlement de comptes final, exagérés mais puissants. Il s'agit sans doute pour le réalisateur de montrer à quel point la frontière entre l'excès et le ridicule est ténue, et que cette famille ultra-bourgeoise, malgré son univers sophistiqué, n'a pas conscience de cela.

Au niveau du casting, Jeon Do-Yeon, surestimée dans Secret sunshine, est bien meilleure ici (c'est indéniable !) que dans ce dernier. Dans Secret sunshine, son personnage était mal écrit, presqu'insupportable, et l'actrice était parfois tentée de surjouer, même si elle s'en sortait au final plutôt bien. Dans The Housemaid, le personnage d'Euny, comme celui joué dans Secret sunshine, sombre dans la folie. On a donc un peu peur en milieu de film de voir Jeon Do-Yeon dans un rôle doublon de celui qui fut le sien dans Secret sunshine. Mais elle s'en tire infiniment mieux, son personnage étant bien mieux écrit (servante naïve en début de film, progressivement meurtrie).

Côté bonus, c'est quasiment le néant. Une enseigne spécialisée ayant obtenu l'exclusivité de la distribution du film, on est déjà bien content de pouvoir profiter de The Housemaid en France. Mais faut-il rappeler au distributeur que l'attrait du support DVD était à l'origine d'offrir une meilleure image, un meilleur son, mais aussi un espace de stockage plus grand, idéal pour placer bon nombre de bonus ? Cette idée se perd de plus en plus avec l'arrivée du Blu-ray.

The Housemaid est donc une réussite. Il montre surtout qu'il est possible de lier une intrigue passionnante (quel sens du suspens !) à une esthétique sophistiquée (quel sens de l'image !), sans que cette dernière ne rende le tout trop prétentieux.


Rogue


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