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Dvd - Volume

Ran

Age conseillé
16+
Note de la rédaction
Price
9.95 €

Un seigneur vieillissant décide de partager son royaume pour ses trois fils. Si les deux plus vieux acceptent avec joie, le plus jeune prédit qu’ils se battront l’un contre l’autre pour récupérer plus de territoire…

Au XVI° siècle, dans un Japon ravagé par la guerre, le vieux daimyo Hidetora Ichimonji décide de partager son fief entre ses trois fils pour finir ses jours heureux et en paix. Mais les dissensions entre les trois frères, Taro, Jiro et Saburo, plongeront le clan, les familles et la région dans le chaos.

Réalisé par Akira Kurosawa et sorti en 1985, Ran constitue, comme Kagemusha quelques années auparavant, un aboutissement pour le cinéaste. Il s'agit d'un jidaigeki (un drame historique japonais) qui décrit la chute du seigneur Hidetora Ichimonji. Après Ran, Kurosawa ne reviendra plus au film historique (son dernier projet, Après la pluie, ne pourra être mené à bien).

Avant de s'intéresser à l'essence-même du film, attardons-nous d'abord sur quelques détails montrant à quel point Ran a bouleversé la façon de faire du cinéma au Japon. Avec un budget de 12 millions de dollars, il a été le film le plus cher produit à cette époque en Asie. Ran est l'archétype de ce que l'on dénommerait aujourd'hui un blockbuster : 1400 figurants, 200 chevaux (dont certains durent être importés des USA), deux ans pour créer les centaines de costumes nécessaires ou encore dix ans pour storyboarder les plans en peinture ! Le réalisateur appréciant de filmer dans des lieux vastes, la majeure partie de Ran a été tournée sur les plateaux du Mont Aso, le plus haut volcan japonais en activité. Kurosawa a aussi obtenu l'autorisation de filmer dans les sites nippons les plus célèbres, notamment les châteaux de Kumamoto et Himeji, ou celui moins renommé d'Azusa. Le troisième château de Hidetora, incendié au cours du film, a été construit sur les pentes du Mont Fuji. L'acteur Tatsuya Nakadai, jouant Hidetora s'enfuyant du bâtiment en flammes, dût faire la scène en une seule prise, et aucune miniature n'a été utilisée. Les moyens mis en oeuvre pour faire de Ran la plus grande des fresques épiques ont donc été conséquents. Pour quel résultat ? Un film époustouflant bien sûr.

En japonais, Ran siginifie « chaos », « guerre », « révolte ». L'histoire est basée sur la légende du daimyo Mori Motonari ainsi que sur le Roi Lear de William Shakespeare. La reprise de l'auteur anglais par Kurosawa n'apparaît pas évidente, tant Kurosawa impose sa vision propre, très pessimiste (est-ce lié à la mort de sa femme durant la production ?). Le cinéaste trace la chute d'un clan mais surtout, de la déchéance d'un homme, le seigneur Hidetora. Ran est un récit de trahisons, une chronique sans concessions des ravages du pouvoir, de combats incessants qui déchirent les Hommes, les paysages, et remettent en cause des fondations politiques que l'on a pris tant de temps à poser. Ran entremêle tous les genres de conflits humains : politique, moral, guerrier, familial, passionnel. Le rôle des femmes est ici majeur (Kagemusha étant beaucoup plus masculinisé). Ces femmes sont manipulatrices, ou apaisées, et complètent bien les hommes dans les méfaits qu'elles engendrent. Ultime forme de conflit humain : l'Homme s'oppose ici à la nature, qu'il piétine. Paradoxalement, il se bat aussi pour elle, puisque le pouvoir passe par l'acquisition de terres. La mise en scène insiste sur l'aspect contemplatif de la nature et de ses grands espaces, qui doit supporter les assauts dévastateurs des hommes.

Dans le voile de la folie destructrice se situe une symbolique forte. Du début (lorsque Hidetora renie son troisième fils Saburo) à la fin (dont on taira les détails), la symbolique de l'aveuglement est présente en continu. Le ton résolument pessimiste transparaît à travers ce thème de l'aveuglement, car l'Homme qui commet des erreurs ne saurait vivre en paix. L'apport culturel est important. Le spectateur occidental ne peut saisir la portée de certains symboles sans être initié à la langue et à la culture nippones. Exemple parmi d'autres : les armes du père (Hidetora) sont un soleil et une lune. Lorsque le père abdiquera en faveur de ses enfants, le premier, Taro, aura pour symbole le soleil, la couleur de son uniforme et de son armée étant le jaune. Le deuxième, Jiro, aura pour symbole la lune (couleur rouge). Saburo, le troisième, aura pour symbole la demie-lune et une couleur bleutée pour son uniforme et son armée. Les références aux croyances et religions sont courantes, avec plusieurs personnages qui s'en remettent au Bouddha.
En matière esthétique, Ran est époustouflant grâce à l'étendue de certains plans et à une reconstitution sans failles de l'ambiance du XVI° siècle nippon, avec des décors somptueux et des costumes par centaines. Les trouvailles en matière de mise en scène sont multiples. On en citera une, sur le plan sonore, qui consiste lors de scène de la bataille du troisième château à couper les bruits ambiants.

Il est temps de se poser une question pas si incongrue. Kagemusha et Ran étant tous deux des fresques dramatico-historiques passionnantes, serait-il opportun de les comparer ? C'est possible. Il est évident que Ran a moins vieilli que Kagemusha, tant au niveau du rythme que de l'image. Le rythme beaucoup plus soutenu. Kagemusha est très intimiste, Ran est tout aussi contemplatif mais beaucoup plus démonstratif. Les retournements de situation sont imprévisibles, le film étant captivant de bout en bout. Mais il ne s'agit certainement pas de choisir entre Ran et Kagemusha. Les deux sont différents, les deux atteignent l'excellence, et ils se complètent à merveille. Il est donc très intéressant de les visionner l'un après l'autre.

Tatsuya Nakadai, après son immense interprétation dans Kagemusha, impressionne encore une fois. En entrant dans le rôle de Hidetora Ichimonji, sombrant peu à peu dans la folie, il confirme un talent inouï pour la tragédie.

Du Japon aux valeurs guerrières inflexibles et impitoyables, Kurosawa a tiré un éminent drame historique.


Rogue


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