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Dvd - Volume

Nouvelle Cuisine

Age conseillé
16+
Note de la rédaction
Price
15.00 €

Ching Lee, star vieillissante désireuse de retrouver sa jeunesse et sa beauté d’antan s’adresse à Mei, cuisinière charismatique, spécialiste de raviolis réputés pour leurs vertus rajeunissantes. Prête à tout, Ching ne se soucie guère de connaître les ingrédients de la recette secrète, quitte à en payer le prix fort…

Ching Lee, une ancienne star du petit écran proche de la quarantaine, est décidée à retrouver sa beauté d'antan pour reconquérir son mari infidèle. Elle s'adresse à tante Mei, une « cuisinière au noir » vivant dans un petit appartement. Tante Mei a pour spécialité les jiaozi, des raviolis à la vapeur typiques de la cuisine chinoise. Vendus à prix d'or, de couleur étrangement rosâtre, croquants, ces raviolis sont réputés pour leurs vertus rajeunissantes. Madame Lee désirant retrouver sa jeunesse à tout prix fait fi des ingrédients utilisés. Et pourtant...

Nouvelle cuisine était déjà un des segments de Trois extrêmes, un ensemble de trois moyens-métrages réalisés par des maîtres du cinéma asiatique (Fruit Chan, réalisateur de Nouvelle cuisine, était accompagné du Sud-Coréen Park Chan-Wook et du Japonais Takashi Miike). Voici la version longue ! Un film sur un thème interdit, qui n'a jamais été abordé directement par le cinéma occidental, alors même que la mythologie grecque, pour ne citer qu'elle, regorge de légendes sur le sujet. Nouvelle cuisine s'intéresse en effet au... cannibalisme. Rien de moins.

Dans Nouvelle cuisine, tout est suggéré. On le comprend vite dès le début du film, les ingrédients rajeunissants à l'intérieur des raviolis sont... des foetus issus d'interruptions de grossesses. Fruit Chan joue à placer le curseur aux frontières de l'indicible, puisque la suggestion est toujours amenée jusqu'à son paroxysme. Ainsi, les foetus décédés ne sont jamais directement filmés... ou si peu. La mise en scène, par des jeux de caméra et un effet de flou habiles, s'attarde quelquefois sur ces amas de chair, créant des passages malsains. Même si le cinéaste privilégie un traitement plus indirect du sujet, les suggestions sont tellement présentes et puissantes, grâce à une mise en scène très maîtrisée, que le spectateur a de quoi être mal à l'aise pendant tout le film, jusqu'à une fin en apothéose, Madame Lee étant dans un état psychologique désastreux. Les jiaozi ont rajeuni le physique... et ont détruit le spirituel, à voir la déliquescence morale et philosophique de la « belle ».

Chaque scène de dégustation des raviolis produit l'effet sans doute escompté par le cinéaste : le spectateur ressent un écoeurement certain. Cet écoeurement est dû au ressenti (imaginer le cannibalisme) face à une caméra qui s'attarde sur la cuillère (ou les baguettes), les lèvres, le visage, les raviolis, la déglutition, sans jamais en faire trop, privilégiant un travail sur l'image. Mais le travail sur le son n'est clairement pas négligeable, avec la mastication laissant entendre... d'étonnants craquements...

Nouvelle cuisine s'illustre aussi par des scènes de sexe violentes, un contraste entre la richesse de Monsieur et Madame Lee et la vie dans un appartement miteux de Tante Mei qui gagne pourtant beaucoup d'argent avec ses « produits » (tout son argent passe dans sa propre consommation !). De même, quelques scènes choquent plus que d'autres (un avortement filmé pendant quelques minutes aux malaises qui s'en suivent...). Fruit Chan filme ici l'horreur de façon clinique : zooms, jeux de caméras épargnant les images choquantes mais sans concessions pour autant. Au détour des dialogues, subrepticement, le réalisateur se permet un pic lancé à l'encontre du gouvernement chinois (les règles natalistes avec la politique de l'enfant unique) ou un rappel historique dont on ne sait s'il est ironique ou non (comment la Chine parvenait à résoudre ses famines à votre avis ?). Le film ose donc en permanence, tant dans sa mise en scène que dans le traitement du thème.

Le casting est parfait. Bai Ling (tante Mei) fait office de sorcière moderne, habillée de façon vulgaire, au langage fleuri, manipulatrice. Miriam Yeung est superbe... et laide à la fois, dans un registre différent. A souligner le rôle des maquilleurs (ou des effets spéciaux au montage ?), qui ont su doser leur travail de façon à ce que l'actrice paraisse au fur et à mesure sensiblement plus jeune au niveau de la finesse de la peau du visage (ou alors est-ce seulement une impression...). Tony Leung Ka-Fai en vieux beau adultère est cynique à souhait. Malheureusement, Nouvelle cuisine s'attarde un peu trop sur ce personnage, ce qui n'était pas forcément nécessaire. On saluera le fait que le film ne soit pas trop long (une traditionnelle heure et demie), garantissant aucune baisse de rythme. Le film de Fruit Chan est maîtrisé du début à la fin.

Côté bonus, c'est le néant. Cela est vraiment dommage. Il aurait été fort appréciable d'avoir quelques commentaires du réalisateur et des acteurs sur le sujet du film et sa réception dans différents pays.

Attirant par sa mise en scène, son travail sur l'image, ses acteurs, Nouvelle cuisine est aussi révulsif... paradoxalement parce que le sujet est traité avec brio, ce qui donne un excellent film. Vous ne mangerez plus jamais les raviolis chinois de la même façon!


Rogue Aerith


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