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Dossier manga - X Day

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Sommaire

La vie, un combat de chaque instant!

                                
Au-delà du shôjo bien travaillé, X day dégage un réel penchant pour des questions d'actualité, qui touchent aussi bien les adolescents que les adultes eux-même.
Tout d'abord, le titre n'est pas anodin, et “X day” a bien une signification particulière. C'est un terme utilisé chez les militaires, qui signifie “le jour de l'attaque”. Cette expression était notamment employée par les Japonais pour qualifier le jour où commencerait la plus grande guerre d'Asie de l'Est (lors de la Seconde Guerre mondiale). Elle a aussi été utilisée lors de la programmation de l'invasion de Kyushu, en 1945.
C'est alors que Rika et ses amis se mettent en route pour le jour X, celui qui fera sans doute basculer leur vie et leur permettra enfin de devenir libre.

On a toujours en tête l'image des adolescents qui aiment s'amuser, expérimenter, goûter à la vie. Mais une image tout aussi extrême est également connue de tous, celle des jeunes adultes en mal de vivre. Pourquoi certaines personnes sont-elles si blessées par des choses qui peuvent paraître totalement anodines et sans importance pour d'autres? Pourquoi penser à tout détruire, parfois même se détruire soi-même, alors qu'on est à l'aube de la vie? Setona Mizushiro met ici en scène des adolescents en constant malaise, qui ne cherchent qu'une seule chose: se libérer de ce monde qui les étouffe au plus haut point.
L'homme est souvent détruit par autrui. Mal vivre les conséquences des actes des autres, ou de ses propres actes, en voilà une chose courante! L'amour qui blesse, les coups qui laissent des traces, une haine démesurée envers le monde qui nous entoure, et un souhait irrépressible de rester seul et de ne pas être dérangé. X day nous montre le combat de quatre personnes, prêtes à tout pour mettre leur plan à exécution, et ainsi goûter à une vie meilleure.

“Arrêtez de nous persécuter!!” Cette phrase, forte et pleine de sens, est un appel au secours de Polaris. Elle prend ici la parole pour toute l'équipe, et ça n'est pas seulement à la fille du directeur qu'elle s'adresse, mais à tout le monde, à tous ces gens qui ne voient pas ce désespoir, eux qui ferment les yeux sur les tourments des autres. Ce cri de détresse est valable pour tous ceux, et toutes les choses qui semblent poursuivre la jeune fille et la tourmenter. Mais au-delà de ça, c'est un réel sentiment d'appartenir à un groupe qui s'est créé en elle. Même si l'acte qui suit ses mots est cruel et irréfléchi, on sent cette évolution de la jeune fille, qui se sent maintenant intégrée dans un cercle, et qui fera tout pour y rester, coûte que coûte.
Pousser quelqu'un dans notre course car on est trop pressé est une chose minime à nos yeux, mais pas aux regards de Polaris, 11, Jangalian et Kin-san. Nous qui ne voyons pas les tracas des autres, ou alors qui ne voulons pas les voir, nous qui participons à toutes ces petites actions visant à éliminer les humains les plus faibles, à les pousser au bord du ravin, pour les laisser faire cet ultime pas qui leur sera fatal, nous tous, laissons-les tranquille, et vivre à leur manière. Ces petites agressions quotidiennes, qui sont là pour forger le caractère de chacun, nous rendre un peu plus fort chaque jour, ne font que blesser, mutiler les plus fragiles. Mais parfois, les êtres les plus faibles, les plus lésés, sont ceux qui ont la force de se rebeller contre la société. S'exprimer par le langage oral est assez difficile, mais s'attaquer à des symboles, extérioriser ses idées au travers d'images est toujours possible.
                                                                   
                                                                      
“Détruire ce monde”. Mais lequel? Quel peut être la définition du monde pour un lycéen? Ici, c'est incontestablement l'établissement scolaire. Beaucoup de jeunes adultes ont du mal à réellement intégrer le monde de l'école. Ils le ressentent souvent comme une prison dans laquelle on les enferme toute la journée, et ce presque tous les jours de la semaine. L'école qui les oblige à tenir une certaine conduite, à faire ou ne pas faire telle ou telle chose. Un institut plein de règles, de devoirs, mais sans réels droits. Se sentir oppressé ou épié à chaque coin, voilà le sentiment de 11, Kin-san, Jangalian et Polaris. Pour y mettre fin, arrêter ce calvaire sans limite, une seule option est envisageable: la destruction pure et simple de l'école.

Le tourment de ces adolescents pourrait nous paraître démesuré. Et c'est avec stupéfaction qu'on constate à quel point un être peut être touché par des petits détails qui composent notre vie de tous les jours. On dit souvent que c'est la petite goutte de trop qui fait déborder le vase. Ici, cette expression va à souhait à l'ambiance de X day. Ainsi, pour quelqu'un qui est déjà à bout, qui a cumulé assez  de stress et d'angoisse, il suffit de très peu pour qu'il fasse l'irréparable, ce pas qui le séparera de tous. Mais encore faut-il avoir le courage de le faire. Les quatre protagonistes s'allient, se tiennent la main dans ce combat quotidien qu'ils mènent contre l'école. Vivre encore, réussir à subsister sans craquer jusqu'au jour X. Voilà un défi à relever. “Jusqu'à ce jour, jusqu'au jour X, ils doivent tenir bon.” Pendant ce temps, il est indispensable de s'unir afin de s'entraider. Planifier au mieux ce jour tant attendu devient une préoccupation de tous les jours. Il faut veiller à ce que tout soit en place, et s'armer toujours un peu plus, jour après jour, devient primordial. C'est alors que les liens se créent et que les affinités se creusent. D'ailleurs, c'est souvent dans des situations dramatiques que les hommes se rapprochent et veillent les uns sur les autres. 11 veillera alors sur Kin-san, et Polaris prendra Jangalian sous son aile.
 
On réalise ici à quel point une pensée peut vite nous dépasser. 11, qui suggère uniquement son avis, à savoir qu'elle aimerait que l'école disparaisse est vite rejoint par Polaris. Sans cette dernière, sans doute que cette idée n'aurait jamais été prise au sérieux à ce point. Polaris ne fait que saisir une opportunité de se venger, alors que 11 voulait uniquement se vider l'esprit et faire part de sa détresse. Mais ce qui est dit est dit, et c'est souvent ainsi que de grands projets voient le jour. Certains lecteurs pourraient se dire que penser une telle chose est trop osée, trop poussée, et que c'est uniquement le fruit d'un esprit noir qui peut nourrir une telle idée. Mais posez-vous la question. Mettez-vous dans la peau de Rika Saginuma, Nanaka Shimada, Kumihiko Tsukimura et Reiichi Takano, ou alors restez là où vous êtes, et remémorez-vous un instant de votre adolescence, celui au cours duquel vos pensées dépassaient votre raison. On a tous déjà été dans des situations plus ou moins délicates. Un camarade de classe, un autre élève nous a déjà causé du souci. Ou tout simplement, le stress des contrôles, des examens, ou alors la frustration de devoir se rendre chaque jour de la semaine dans cette école, là où les professeurs omnipotents semblaient vouloir vous mettre sans cesse dans l'embarras; cette préoccupation constante était parfois suffisante pour alimenter les pensées les plus inoffensives. Ainsi, il est très aisé d'imaginer le monde sans école, sans tous ces êtres qui nous dérangent sans cesse, quotidiennement, et qui semblent en tirer un plaisir démesuré. “Ah! Si tout cela n'existait pas...” Concevoir virtuellement un tel monde, n'est-ce pas nier toutes ces existences qui se dressent devant soi chaque jour? N'est-ce pas, en quelques sortes, mettre un terme à leur statut qui nuit tant à notre épanouissement? Chacun d'entre nous a déjà, au moins une fois dans sa vie, haï son école. Et finalement, bien s'organiser pour mettre ce plan à exécution n'est pas insurmontable.
Se pose alors une question: celle de la légitimité de cet acte. Même si ce monde est parfois néfaste à certains, ont-ils le droit de le détruire? Beaucoup auront pour réponse le simple mot “Non”, car selon les normes sociales, il ne faut pas s'écouter, et résister à nos pulsions. Ainsi, entrer dans ce même moule, créé pour tous, que forme la société est primordial pour y évoluer. Et même si cela implique parfois certaines souffrances à des niveaux différents, il paraît évident que c'est une solution, et qu'elle est bonne pour tous. Mais dans le même temps, on pourrait alors se demander pourquoi infliger toutes ces souffrances à autrui? Pourquoi les obliger à suivre ces chemins tous tracés si cela les met réellement en danger? La destruction paraît pour certains être la seule solution à leurs problèmes. Il en va de soi qu'une chose totalement détruite ne nuit plus à personne. Mais cette chose, qui semble dangereuse pour certains, mais si utile pour d'autres, est certainement un bénéfice pour beaucoup d'entre elles.
Dans la petite réflexion qui est proposée aux lecteurs à la fin du premier tome, on pose une ultime question: celle du terrorisme. Ces personnes qu'on a tant de mal à comprendre dans la monstruosité de leurs actes, elles, y voient sans doute quelque chose de légitime, et surtout, des bonnes raisons.

La société est tellement bien orchestrée, tout y est si mesuré, de telle manière à ce que chacun, qualifié de normal, y trouve sa place et y tire ses bénéfices. Malheureusement, les êtres humains sont tous différents et certains n'y trouvent pas leur place. Même si des grandes lignes se dégagent afin de définir des tendances, il en restera toujours quelques uns en marge. De plus, chacun est sujet à ses pulsions, des envies animales, destructrices bien souvent. Celles-ci, sans cesse contrôlées par les communautés, connaissent parfois un trop plein, et les limites sont alors dépassées. La société ne prend pas en compte toute la sensibilité de chacun, et cet aspect qui nous touche tous peut nous être plus ou moins fatal. Ainsi, ces pensées dirigées contre cette société synthétique, sans émotion ni affect, ne peuvent que grandir face à tant d'incompréhension.
                                 
                                    
                               
                           

© 2005 by MIZUSHIRO Setona / AKITASHOTEN JAPAN

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