Dossier
Note des lecteurs: 19.50 /20
Présentation
L'histoire
La vie de Yôsuke, jeune lycéen, bascule lorsque la divinité Suzaku prend possession de son bras. Le jeune homme va alors se rendre compte que de nombreux évènements fantastiques se produisent à Mikayono, sa petite ville de province. Maintenant doté d'un pouvoir étrange, le jeune homme va devoir lutter contre des monstres plus terrifiants les uns que les autres!
Fiche signalétique
Otogi Matsuri (おとぎ奉り) est publié au Japon depuis décembre 2002 par l'éditeur Wani dans le magazine de prépublication Comic Gum. Cette série est réalisée par Junya Inoue(井上 淳哉 ). Elle devrait compter 13 volumes...
C'est Doki Doki qui se charge de publier ce titre en France, depuis octobre 2006.
L'auteur
Junya Inoue est né le 18 octobre 1971 à Nakamura. Il commence sa carrière dans la société Toaplan en tant que graphiste. Il participe à la création de plusieurs jeux vidéo célèbres comme Batsugun (une référence en matière de shoot'em up), ou encore Dodonpachi et Guwange.
C'est en 2001 qu'il entame une nouvelle carrière dans le manga avec Otogi Matsuri. Il collabore également au long métrage Yokaï daisensô (la guerre des monstres), un film qui a eu un grand succès au Japon.
Personnages principaux
Yôsuke Suruga

Lycéen au caractère impulsif, Yôsuke est néanmoins très courageux et est prêt à tout pour protéger les personnes qui lui sont chères. Le pouvoir de Suzaku, le phénix de feu, lui permet d'utiliser un arc magique pour vaincre ses ennemis. Il est donc un redoutable adversaire à distance. Son pouvoir évoluera au fil du temps.
Inaba Yomogi

Prêtresse et camarade de classe de Yôsuke, cette jeune fille douce et sensible va faire de son mieux pour épauler notre héros dans sa mission. Elle possède le pouvoir de voir les êtres surnaturels, et est aussi accompagnée de petits renardeaux qui ont la faculté de détecter la pression spirituelle produite par les monstres. Inaba ne laissera pas Yôsuke indifférent...
Ezo Ryûchi

Ce professeur d'Histoire japonaise exerce dans le même lycée que Yôsuke. Il possède le pouvoir de Seryû, le dragon bleu, qui se matérialise sous la forme d'une lance très puissante, qui est capable de s'allonger. Niveau caractère, il est assez sarcastique et plutôt froid, mais est toujours là pour aider et protéger Yôsuke et ses amis.
Mikawa Irori

Cette petite fille est la détentrice du bouclier de Genbu, la tortue noire. Malgré son jeune âge, c'est de loin la plus expérimentée de tous car elle a acquis son pouvoir dès sa naissance. Elle reste toujours gaie et positive et est dotée d'un grand courage. Son bouclier, en plus d'être une arme défensive hors pair, lui permet de réfléchir la force de l'ennemi contre lui-même, mais également de «surfer» dans les airs!
Kenji Kai

Il représente la quatrième divinité protectrice de la ville: Byakko, le tigre blanc. C'est un garçon de 14 ans plutôt rebelle, mais pour qui les amis comptent beaucoup. Son destin changera du tout au tout lorsqu'il croisera la route du Kenzoku du Kappa. Byakko lui confère le pouvoir d'utiliser des griffes acérées. Au combat, Kenji a un potentiel offensif impressionnant, amélioré par son agilité. Néanmoins son caractère impulsif risque de lui jouer des tours...

Quand les légendes deviennent réalité
Dans Otogi Matsuri, nos héros doivent faire face à des monstres du folklore nippon appelés Yokaï.
Les yokaï sont des créatures mythiques issues des légendes shintoïstes et boudhiques. Tombés en désuétude lors de l'entrée du Japon dans le modernisme, les yokaï connaissent depuis quelques années un retour en grâce, dans la littérature mais aussi dans l'animation et les mangas.
Il existe des centaines de yokaï. Leur forme et leur caractère sont très variés. Certains sont effrayants et cruels, alors que d'autres s'apparentent plus à de petites bestioles plus pathétiques que dangereuses.
Malheureusement pour eux, les personnages d'Otogi Matsuri ont plutôt affaire à la première catégorie de monstres, qui portent pour l'occasion le nom de Kenzoku. Ils sont au nombre de dix, ce qui correspond aux dix branches célestes, un système symbolique provenant de l'astrologie chinoise. Les dix branches célestes sont la combinaison des signes du Yin et du Yang avec les cinq éléments: le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau.

Les Kenzoku sont un mélange d'animaux et de créatures imaginaires. Ils ont une physionomie et des capacités variables selon l'élément auquel ils sont associés. Ainsi le Neko-gumo (chat-araignée qu'on retrouve dans le premier tome), issu de l'association entre le Yin et la terre, est capable de traverser les murs pour attraper plus facilement ses proies.
Pour combattre les Kenzoku, nos héros possèdent des armes magiques. En contre partie de ce don, chaque divinité prend à son «champion» la chose la plus importante à ses yeux. Il existe quatre divinités dans la ville de Mikayono: Genbu la tortue noire, Seiryû le dragon bleu, Suzaku le phénix rouge et Byakko le tigre blanc.
Chaque divinité est censée protéger un point cardinal de la ville selon l'Onmyôdo, une tradition japonaise inspirée par la théorie chinoise des cinq éléments.

Un récit rythmé et original
Le lecteur s'en rendra compte dès les premières pages, Inoue a un don pour rendre son histoire palpitante!
Même si on peut reprocher le côté stéréotypé des personnages principaux (le héros courageux mais qui doute, la bonne copine un peu cruche, le professeur froid et distant, la surdouée, le colérique...), force est de constater que l'auteur arrive à créer tout autour de ces derniers un environnement cohérent, développé et surtout original, le tout servi par une narration particulièrement nerveuse!
Pour un récit clairement tourné vers l'action, il devient primordial que les séquences de combat soient bien menées. Le pari est amplement réussi! L'issue d'une bataille est incertaine jusqu'au bout, et les techniques employées par nos héros, couplées aux diverses capacités spéciales des Kenzoku donnent des affrontements très imaginatifs, qui impressionneront à coup sûr le lecteur.
La plupart des combats s'enchaînent sans réel temps mort, et suivent une sorte de crescendo diabolique. Chaque nouveau Kenzoku donne un peu plus de fil à retordre que le précédent, et nous assistons parfois à des combats tout simplement épiques, où nos héros sont obligés d'aller au bout d'eux même pour vaincre.
On notera également l'importance de la stratégie dans les combats. En effet nos amis ne gagnent pas uniquement grâce à leurs armes sacrées, mais également parce qu'ils coopèrent entre eux et tirent un avantage des spécificités du lieu où se déroule la bataille. Bref, dans Otogi matsuri, ce n'est pas la «loi du plus fort» qui s'applique... mais bel et bien «la loi du plus malin».
A cela, il faut ajouter le caractère évolutif des armes sacrées (ainsi l'arc magique de Yôsuke, initialement doté de trois flèches, s'en verra attribuer une quatrième au bout de quelques combats), et les capacités variées des différents Kenzoku. Au final, tout ceci donne une très grande originalité à chaque combat, qui n'est jamais chorégraphié de la même manière que le précédent. On constate également à partir du volume 5 un net changement dans les affrontements. Jusqu'alors, même si des civils étaient parfois impliqués, les détenteurs d'armes magiques étaient les seuls à combattre les Kenzoku. Mais l'épisode du Kappa, qui eut lieu dans un centre commercial et impliqua beaucoup de civils, changea la donne. Dorénavant la police aide nos héros à vaincre les Kenzoku, en leur proposant à la fois des hommes mais aussi une logistique. Tout ceci donne une dimension plus réaliste à l'histoire, car l'existence des monstres est acceptée par les pouvoirs publics.

En plus des multiples affrontements, la deuxième raison qui donne tout cet aspect nerveux au récit d'Inoue est le compte à rebours inéluctable qui plane sur notre héros. Une petite explication s'impose...
Pour obtenir une arme magique, il est nécessaire de conclure un pacte avec la divinité protectrice. Cette dernière prend alors en échange la chose qui est la plus chère à vos yeux. Et après avoir sondé le cœur de Yôsuke, Suzaku décide de lui voler son avenir. Ainsi notre héros n'a plus qu'un an à vivre! Cet événement participe bien évidemment à créer cette nervosité et maintenir l'intensité du récit... on se demande si notre héros trouvera une solution avant l'échéance fatidique.
L'environnement compte également beaucoup pour l'auteur: De l'école de nos héros à une île mystérieuse, en passant par une grotte humide ou une maison délabrée, chaque lieu est pourvu de sa propre ambiance... Si l'école est avant tout un endroit de détente pour nos amis, une forêt de bambou ou un sanctuaire abandonné créeront à coup sûr une toute autre atmosphère!
Enfin, on constate que l'auteur distille parfois dans son récit des séquences beaucoup plus calmes, qui permettent au lecteur de reprendre son souffle entre l'arrivée de deux Kenzoku. Bien souvent, ces passages permettent d'en savoir un peu plus sur les personnages secondaires ou de développer les relations entre nos héros, dans un cadre humoristique et/ou romantique...

Un titre aux multiple facettes
Toute la richesse d'Otogi matsuri se retrouve dans la multitude de thématiques abordées par l'auteur. Jusqu'à présent, nous nous sommes avant tout intéressés à l'action. Je vous propose un petit tour des autres facettes qui constituent l'œuvre de Jun'ya Inoue.
En premier lieu, l'auteur accorde une place primordiale à la jeunesse. En effet, la plupart des personnages principaux sont des lycéens, et nous les voyons, entre deux combats, évoluer dans le milieu scolaire. Nous découvrons alors nos personnages sous un jour plus réaliste: romances adolescentes, sorties... Sans approfondir la question (normal car Otogi matsuri est avant toute chose un récit d'action), l'auteur nous dresse ainsi un portrait sympathique de la jeunesse japonaise.
L'auteur s'attache également à distiller de-ci de-là des petites séquences humoristiques qui se matérialisent par les gaffes ou les hésitations du héros, ou encore des quiproquos ou autres gags basés sur du comique de situation. Il y a également divers petites créatures mignonnes et sympathiques qui donnent parfois un peu de fraîcheur au récit et en deviennent les mascottes, comme le Tanuki ou les renardeaux. Ces bestioles ont souvent des réactions hilarantes et hors-propos, ce qui fera probablement sourire le lecteur...

Dans un second temps, Jun'ya Inoue semble vouer une véritable admiration aux films d'horreur. De multiples plans s'inspirent en effet de certaines séquences cinématographiques cultissimes. Ainsi l'auteur adore réaliser une scène où le monstre surgit derrière sa victime, sans faire de bruit... Cette dernière se retourne et assiste à sa propre fin en se regardant mourir dans les yeux du monstre... C'est saisissant, d'autant plus que le style graphique de l'auteur est particulièrement soigné (mais nous y reviendrons). Bref, Otogi matsuri s'illustre également par toute une pléthore de scènes horrifiques très efficaces!
Enfin l'auteur s'attache à nous faire découvrir la culture et les traditions japonaises, en adoptant parfois un ton moralisateur pour marquer encore plus le déclin des traditions ancestrales et du respect de la nature par rapport à une avancée inéluctable et écrasante du modernisme. C'est par ailleurs le non respect des hommes pour leur environnement qui entraîne l'apparition d'un Kenzoku... Le personnage de Yomogi est également l'occasion pour le lecteur de découvrir certaines fêtes ou autres évènements culturels qui sont encore célébrés de nos jours au Japon.

Graphismes et adaptation
Un génie du graphisme
Le style graphique est sans doute le gros point fort d'Otogi matsuri. Précis et réaliste, il sert à la perfection le récit.
Les personnages se distinguent graphiquement les uns des autres: la forme des visages est variée, tout comme les coiffures. C'est vraiment du bon boulot!
On constate une rigueur similaire en ce qui concerne les fonds qui sont de toute beauté et regorgent bien souvent de détails.
Lors des scènes d'action, le dessin d'Inoue se transforme pour devenir très dynamique et rythmé. L'auteur sait vraiment coller à la narration pour proposer une lecture optimale.
Mais notre auteur nous montre tout son génie sur deux points en particulier. Tout d'abord, on constatera le travail énorme pour tout ce qui concerne l'élaboration et le design général des monstres. Eux aussi fourmillent de détails, ont une morphologie très étudiée... et sont surtout particulièrement terrifiants!! Jugez par vous-même:

Enfin, de tout ce que j'ai pu lire jusqu'alors (et croyez-moi, j'ai lu beaucoup de choses), Inoue est un des seuls mangakas qui ait réussi à me faire frissonner! Son trait précis arrive en effet à donner une multitude d'expressions chez ses personnages. Et on peut dire que notre auteur est passé maître dans l'art de retranscrire la peur et la panique (encore une fois, regardez les illustrations ci-dessus)...
Une adaptation réussie
L'adaptation réalisée par Doki doki est d'une très grande qualité, comme d'habitude. L'encrage et le papier sont de bonne facture, tout comme la traduction pour laquelle je n'ai repéré aucune coquille. Les couvertures, fidèles aux versions originales, attirent immanquablement l'œil.
Les onomatopées sont traduites et l'édition française nous propose une page couleur par volume.
Pour un format seinen, le prix unitaire de 6.95euros est vraiment attractif et promet un bon moment de lecture pour un petit investissement.

Le mot de la fin...
Il est temps de conclure ce dossier sur Otogi matsuri, une série qui mêle habilement action, suspense et sueurs froides!
L'auteur nous plonge dans un univers fantastique où quatre personnages comme vous et moi se retrouvent dotés d'armes magiques et doivent défendre leur ville des yokai, ces monstres issus du folklore japonais. Le récit fait bien évidemment la part belle à l'action, proposant à chaque tome des affrontements épiques entre nos amis et des Kenzoku toujours plus puissants. Et comme «action» rime avec «frisson», l'auteur a eu la bonne idée de pimenter son récit de scènes violentes et horrifiques, où l'hémoglobine coule à flots. Les amateurs apprécieront!
Ce scénario nerveux est servi par des dessins somptueux et une adaptation de qualité. Son achat nécessitera un petit investissement car la prépublication d'Otogi matsuri vient juste de se terminer au Japon. La série ne comptera donc que 13 ou 14 volumes reliés.
Vous n'avez désormais plus aucune raison de ne pas tenter l'aventure!
Dossier réalisé par shinob - Mise en ligne le 04/08/2008
© INOUE Jun’ya / Wani Books / DOKI-DOKI
Enigme
D'où vient cette réplique ?
"Pourquoi on passe toujours nos soirées entre paire de couilles ?"
[ Voir la réponse ]

