Hommage à Satoshi Kon - Actualité manga
Dossier manga - Hommage à Satoshi Kon
Lecteurs
20/20

Inspirations, influences et partenariats solides

 
Les oeuvres de Satoshi Kon sont sujettes à une reconnaissance toujours plus importante au fur et à mesure des années. Si la renommée du réalisateur au Japon n'est plus à faire, l'Occident a bien du mal, ces dernières années, à voir au-delà des productions du studio Ghibli. Tout du moins en est-il ainsi de la France, puisqu'aux États-Unis et ailleurs en Europe, Satoshi Kon est davantage connu en-dehors du cercle des initiés. Perfect Blue, Millenium Actress et Tokyo Godfathers n'ont profité que de récompenses provenant de festivals à la célébrité relative (des prix néanmoins très nombreux). Cela n'est clairement pas une tare, les festivals internationaux les plus connus du grand public comme Cannes ou Berlin ne se distinguent pas toujours par leur discernement. Un début de consécration semble acquis avec la présentation de Paprika à la 63ème Mostra de Venise. Les films du réalisateur donnent aussi lieu à toutes sortes d'apparitions plus anecdotiques. Lors de la tournée de Madonna intitulée Drowned World Tour en 2001, un clip de Perfect Blue a été incorporé comme interlude lors du remix de What It Feels Like for a Girl.


 
Satoshi Kon avoue être influencé par des auteurs et courants variés. La première de ces influences est évidemment due à celui que l'on peut appeler son « mentor »: Katsuhiro Otomo, l'auteur d'Akira. Lisant ses oeuvres dans sa jeunesse puis collaborant à de nombreuses reprises avec lui, bénéficiant d'une formation poussée, Satoshi Kon réitère souvent son profond respect à l'égard d'Otomo. L'influence d'un autre maître de l'animation japonaise, Mamoru Oshii (Ghost in the Shell), avec lequel il a travaillé sur Patlabor 2, est de même évidente. Du côté de l'Occident, Satoshi Kon est davantage porté vers les Etats-Unis que vers l'Europe. Seule la Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet semble l'avoir touché. Satoshi Kon avoue être fasciné par la richesse des films de David Lynch tels que Twin Peaks et Mulholland drive. Le spectateur ne sera pas étonné, le thème des hallucinations étant omniprésent dans beaucoup des oeuvres des deux réalisateurs. Le travail de Kon sur le segment Magnetic Rose de Memories lui a valu d'être comparé à Stanley Kubrick, des rapprochements ayant pu être faits avec 2001, l'Odyssée de l'espace. Michel Gondry avec son Eternal sunshine of the spotless mind a aussi pu être cité comme influence, notamment pour Paprika, avec les thématiques de l'exploration des rêves, du rapport aux souvenirs et au temps. Il n'est guère plus surprenant de savoir que Satoshi Kon apprécie grandement les films de Terry Gilliam (Bandits, bandits, Les Aventures du baron de Münchhausen, le favori de Kon-sama demeurant Brazil), ses univers tendant souvent vers un imaginaire farfelu mais foisonnant de détails. L'on citera également le film de George Roy Hill (adapté d'un roman de science-fiction anti-guerre) Slaughterhouse Five, dans lequel un soldat américain rescapé des bombardements de Dresde se réfugie dans ses souvenirs, ayant le don de voyager dans le temps. Notons que Tokyo Godfathers s'inspire du classique de John Ford Three Godfathers (Le Fils du désert en France), sorti en 1948, dans lequel trois bandits fuyant dans le désert adoptent un nourrisson. Satoshi Kon s'estime peu lié au cinéma japonais lors de son âge d'or (années 1970-1980), quand bien même voue-t-il une admiration pour Akira Kurosawa.

Côté littérature, Philip K. Dick est pour lui un incontournable, de même que son compatriote Yasutaka Tsutsui, un auteur hyper fictionaliste célèbre au Japon dont il a adapté le roman Paprika. Kon apprécie particulièrement les portraits psychologiques des personnages. La musique, les dessins et les photographies sont aussi très importants pour le réalisateur. Ses oeuvres pourraient se rapprocher du mouvement surréaliste (Dali, Buñuel) mais Kon considère ne pas avoir été influencé par ce courant. Évidemment, Satoshi Kon évoque son intérêt pour de nombreux mangas et animes. Il en est un fort consommateur dans ses années lycéennes. Les séries de science-fiction Yamato (1974), Conan le fils du futur (1978), Galaxy Express 999 (1978-1981) et le classique Mobile Suit Gundam (1979) ont sa préférence mais Kon insiste régulièrement sur la révélation ressentie devant le manga cyberpunk Domu de Katsuhiro Otomo.

Satoshi Kon se lie souvent à des personnes partageant les mêmes goûts, concevant des univers dans lesquels il va pouvoir s'épanouir. Les noms de Nobutaka Ike aux décors, Masafumi Mima aux sons reviennent souvent. Et là où Hayao Miyazaki et Takeshi Kitano ont recours au pianiste Joe Hisaishi pour composer leurs bandes-originales, Satoshi Kon fait souvent appel au génial Susumu Hirasawa. Rarement le choix d'un compositeur n'a été aussi judicieux. Par ses mélodies empreintes d'électro, par son talent reconnu en tant que pionnier du genre techno-punk au Japon, Susumu Hirasawa offre des compositions on ne peut plus adaptées aux films de Kon. Sans lui, les films sembleraient incomplets, imparfaits. Hirasawa complète à la perfection Satoshi Kon en ce qu'il retranscrit au niveau sonore ce que Kon imagine en termes de scénario et d'animation : la folie, l'innovation pétillante. Des gargarismes empruntés à la langue nippone parlée se marient à du synthé. L'on a donc droit à des genres musicaux variés mais servant à la perfection l'œuvre. Dans Millenium Actress, l'on passe de musiques traditionnelles japonaises à de grandes envolées lyriques tendant vers l'électro. Dans Paprika, c'est un techno-punk spontané et entraînant qui règne.

Dans tous les cas, les thèmes traités dans les œuvres des artistes cités sont proches de ceux mis en avant par Satoshi Kon. Car le réalisateur a ses préférences et le fait sentir, étant très à l'aise dans le traitement de certains sujets. Même s'il n'oublie jamais de se renouveler, les thèmes prédominants ne manquent pas.
 
 

Commentaires

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mohamed le rêveur

De mohamed le rêveur, le 15 Septembre 2010 à 11h15

20/20

Pas grand chose à rajouter à ces nombreux témoignages auquels je m'inscrits totalement.

Je suis triste bien sûr, mais...je crois savoir que Sato n'est pas mort...il est simplement quelque part dans le pays des des rêves; et dans cette réalité là, il sera, j'en suis sûr, reconnu à sa juste valeur.

ps: hey! Monsieur Kon...moi tu ne m'auras pas ;-)

BenJsan

De BenJsan [550 Pts], le 03 Septembre 2010 à 15h21

Un de ses auteurs qui, à un âge où je commençais à vouloir découvrir autre chose que le shônen, m'a justement fait découvrir un nouvelle façette du monde de l'animation et du manga. Perfect Blue m'avait complètement transcendé par sa très forte portée psychologique. Etant un jeune con quand je l'ai vu, grâce à Satoshi Kon, mon approche a complètement changé et cela a eu un grand impact sur les thèmes que je me suis mis à chercher par la suite. Biensûr, il y a bien d'autres auteurs qui m'ont conforté dans ma passion mais Kon tient tout de même une place très importante. C'est vraiment chouette que Manga-News le salue avec ce dossier très bien écrit, merci. N'empèche que ça m'emmerde, je venais voir les plannings des sorties, je tombe sur ce dossier pour apprendre que Mr Kon est mort. Sur ce, tcho tcho

OscarFrancois

De OscarFrancois [111 Pts], le 31 Août 2010 à 16h57

20/20

Rogues, félicitations pour ton article... J'aurais aimé revenir sur MA dans des circonstances plus joyeuses. Sa disparition aura d'importantes conséquences dans le monde de l'animation : Satoshi Kon était un article singulier, qui a réussi à transcrire son univers, et à le faire partager.

Je l'ai découvert avec Paranoïa Agent (un véritable ovni, pour moi !); j'ai tout de suite accroché à son univers si particulier, aux hallucinations et à la déviance. Par la suite, je me suis procuré Paprika et Tokyo Godfathers... des oeuvres que j'ai également beaucoup apprécié.

Peu d'artistes m'auront marqué comme Satoshi Kon. Nul doute que nombre de jeunes réalisateurs s'inspireront de son oeuvre.

RogueAerith

De RogueAerith [395 Pts], le 31 Août 2010 à 14h34

Merci pour vos compliments. Et merci à Shinob pour son p'tit coup de pouce ! ;)

J'aimerais continuer un peu l'analyse. En effet, il faut désormais voir comment va réagir le milieu de l'animation japonaise après cette perte.

Le décès de Satoshi Kon aura trois types d'implications.

D'abord, des conséquences sur la créativité et l'enthousiasme de nombre de ses collègues. Satoshi Kon était un des meilleurs dans son domaine et avait un potentiel énorme comme dit dans le dossier. Une telle perte va donc représenter un manque dans l'animation japonaise, que d'autres auteurs vont devoir combler, sans pouvoir remplacer.

En second lieu, l'animation est, il faut le savoir, une industrie importante au Japon. Les conséquences économiques sont à regarder de près. Quand un milieu perd l'un de ses meilleurs éléments, c'est l'ensemble qui en subit les effets. La mort de Leslie Cheung, le meilleur acteur du pays, a par exemple paralysé le cinéma hongkongais, puisque tous les réalisateurs et acteurs l'avaient côtoyé et le respectaient. C'est la même chose quand un réalisateur/réalisatrice ou acteur/actrice périt en Occident. Il s'agira ainsi de voir si le décès de Satoshi Kon ne pourrait pas avoir le même type de conséquences. Quand le moral décline, l'économie en pâtit.

Enfin, Satoshi Kon était un des intellectuels les plus en vue au Japon et un parfait ambassadeur de l'animation japonaise, et plus encore, de la culture nippone, en Occident. Là encore, le moral des fans mais aussi celui d'une élite présente dans les plus gros studios de cette industrie et d'une élite intellectuelle (puisque Satoshi Kon était un auteur engagé et appréciant les thèmes complexes) va en prendre un coup. Le décès d'Osamu Tezuka a été un tournant capital dans le monde du manga, celui de Miyazaki et de Kitano dans leurs milieux respectifs auront sans doute aussi une importance. Sur une échelle moindre, parce que Kon n'était pas aussi important aux yeux des Japonais que les icônes précédemment cités, il n'est pas interdit que Satoshi Kon disparu, le milieu ne soit pas en manque de repères... Je suis prêt à parier que les jaquettes et les commentaires des mangakas sur les prochaines parutions au Japon feront sans nul doute allusion à Satoshi Kon : il était apprécié et respecté.

Ses oeuvres sont passionnantes. Ce n'est pas seulement une perte pour l'animation japonaise mais pour le cinéma entier. On le voit bien depuis quelques années, certains journalistes plus avisés que les autres reconnaissaient (notamment avec Paprika) l'émergence de l'animation japonaise pour adultes, héritage d'Akira, Ghost in the Shell et Jin-Roh.

Chaque fois qu'un artiste disparaît, il emporte pas mal de choses avec lui. On verra bien ce que le décès de Satoshi Kon va entraîner. Sans doute pas un raz-de-marée populaire, mais pas non plus quelques chagrins chez une communauté réduite de fans.

Satoshi Kon ne doit donc pas être oublié, ni ses oeuvres négligées.

 

...

De ..., le 28 Août 2010 à 00h55

20/20

Une grande perte pour le cinéma d'animation, dommage qu'on en vienne à aborder réellement son oeuvre à sa mort, tout ses films (et la parenthèse Paranoïa Agent) méritent d'être, sinon analysés, au moins vus.

Daigoro

De Daigoro [524 Pts], le 27 Août 2010 à 22h24

20/20

bravo pour ce dossier à la hauteur du Monsieur...

tristement bravo

Lud

De Lud [482 Pts], le 27 Août 2010 à 22h20

20/20

Très bel hommage que ce dossier pour une personne qui va beaucoup nous manquer. Je revois le départ en fusée du personnage de Millenium Actress quand je repense à la disparition de Kon San...

 

 

otak38

De otak38, le 27 Août 2010 à 20h42

20/20

enfin un dossier qui rend un grand hommage ! bravo!

Natth

De Natth [2582 Pts], le 27 Août 2010 à 20h33

Excellent dossier, très bien fait. Les nombreux aspects du talent de cet auteur sont soigneusement abordés, à travers l'ensemble de ses oeuvres. Cela me donne très envie de voir les animes dont il est l'auteur et que je ne connais pas encore.

mangashojo

De mangashojo [2563 Pts], le 27 Août 2010 à 19h06

20/20

super dossier bien realise .C'etait un grand mon de manga .comme koiwai moi aussi j'ai été emu en lisant le dossier .

je vais aussi une bonne note au dossier et a lui

Paul

De Paul [71 Pts], le 27 Août 2010 à 15h29

Cet evenement me laisse abasourdi.J'éprouve vraiment des difficultés à assimiler cette nouvelle.Je ne peux pas m'empecher de penser que le temps lui ait manqué pour exprimer toute sa créativité,Je crois que cet artiste était en évolution permanente,le meilleur semblait à venir...Comme le chantait si bien un autre grand artiste; la futur est incertain,la fin toujours proche.

 

Koiwai

De Koiwai [12693 Pts], le 27 Août 2010 à 15h22

J'ai été très ému en lisant ce dossier, tant il met parfaitement en valeur tout ce qui faisait la saveur des réalisations de Kon. Kon était mon réalisateur préféré, Paprika est mon film d'animation préféré avec Chihiro. Superbe dossier. Merci, et une dernière fois, R.I.P.

jojo81

De jojo81 [7209 Pts], le 27 Août 2010 à 14h55

20/20

Excellent dossier que j'aurais forcément aimé lire dans d'autres conditions.

Perfect Blue est l'un des tout premiers films d'animation que j'ai vu et qui me marque aujourd'hui encore. Tokyo Godfather fait parti de mes 3 films d'animation favoris, juste derrière le tombeau des lucioles et Chihiro. Enfin, Paranoia Agent est sans aucun doute ma série animée favorite. Je reste un grand fan du réalisateur.

RIP Satoshi Kon

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