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Tokyo Kaido Vol.3

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 13 Octobre 2017

Aidé par Bibi et en compagnie de l'amnésique, Hashi part à la recherche du Dr Tamaki, qui a fait un nouveau choix de vie : sous les traits de « Belladonna », il se travestit jour après jour pour enfin vivre en acceptant ce qu'il est au fond de lui, quitte à écoeurer son épouse voire à se confronter à la méchanceté de la société. Sa décision trouve des raisons dans l'observation de ses patients, et pourrait à présent avoir des répercussions sur les propres choix de Hashi et des autres...


A l'instar de Tamaki, l'heure est venue pour chacun des principaux personnages de Tokyo Kaido de s'interroger ou de faire des choix sur leur existence. Toujours à part, dans une sorte de bulle où aucun autre humain n'existe, Mari semble en train de perdre de plus en plus la faculté de voir tout objet en mouvement. Hana se sent toujours mal à l'aise face aux autres qu'elle tente d'éviter. Hideo commence à se questionner sur ce qu'il veut, surtout vis-à-vis de Mari. Quant à Hashi, il doit désormais affirmer une bonne fois pour toutes sa volonté de se faire opérer...


Dans tout ça, Mochizuki interroge sur l'existence souhaitée par ses personnages. Vivre en accord avec ce qu'on est, et plus dans le mensonge, est-ce totalement possible vis-à-vis de la société qui ne pourra jamais s'empêcher de porter un regard sur ce qu'elle juge différent ? Vaut-il mieux savoir mentir ou non ? Pourquoi exister quand tout le monde nous déteste ? Quel est le chemin à prendre ? Ce chemin, chacun des principaux visages de la série tente désormais de se le forger, avec ce que ça implique. Par exemple, Hashi veut se faire opérer parce qu'il n'en peut plus d'être incapable de mentir et d'être toujours sincère, alors que Tamaki a fui justement pour être sincère avec lui-même. Chacun essaie de tracer sa voie difficilement, avec ses particularités parfois handicapantes, ou en essayant de s'en débarrasser. Ainsi, là où le Docteur semble décider de s'assumer sans se mentir à lui-même, Hashi cherche à se débarrasser de son problème par l'opération médicale. L'opération est risquée, il pourrait y rester, mais après tout, si bout du compte il parvient enfin à être tel qu'il le veut ne serait-ce qu'un instant... A travers son choix de se faire hospitaliser, il agit avec courage pour avancer, au risque de se brûler en cours de route.


On reste séduit par la manière dont les personnages, mine de rien, exercent une influence les uns sur les autres, eux qui ont toujours peiné face à la société. Ainsi, malgré la dureté de cette société qui ne les comprend pas, on peut dire qu'ils trouvent aussi du bon en celle-ci. Nul doute que Tamaki a marqué le choix d’Hashi, et que c'est sans doute pour ça que le jeune garçon souhaite que le Docteur qui l'a pourtant abandonné assiste à son opération. De même, Hashi exerce une influence sur le regard qu'a Hana, et peut-être plus encore sur Hideo à travers son deuxième manga. Là où le premier manga d’Hashi parlait de lui-même et était profondément torturé et cauchemardesque, le deuxième semble plus posé, globalement plus réaliste dans le design du manchot et de la poule, mais aussi plus onirique avec des images qui ont parfois des allures de conte à la Petit Prince ou à la Jonathan Livingstone. Ici, on appréciera à nouveau les variations stylistiques dont est capable Mochizuki. A travers ce portrait que Hashi dessine d'animaux inadaptés qui ont des rêves différents des autres animaux de leur espèce, l'adolescent paraît s'inspirer d'un Hideo qui peine à tout en comprendre, mais qui en est indéniablement marqué. Et à l'heure où toute la dernière partie de la série, particulièrement forte en émotion et en sincérité sans en faire trop, aurait pu semble pessimiste, c'est bien une forte pointe d'espoir qui illumine presque les toutes dernières pages entre Hideo et Mari.


Jusqu'au bout, Minetarô Mochizuki soigne toujours autant son rendu visuel. On appréciera toujours ses angles de vue, ou certains choix pudiques, par exemple celui où, quand Tamaki avoue la vérité à sa femme et que les larmes viennent, on se focalise sur le pot de fleurs au bord de la fenêtre plutôt que sur les personnages en pleurs. Puis tout comme dans le premier volume, l'auteur fait à nouveau référence à Van Gogh à travers le tableau des Champs de blé aux Corbeaux, qui symbolise parfaitement la situation : la présence de différents chemins possibles tels ceux que doivent faire les personnages dans leur vie, et un ciel sombre et menaçant avec des corbeaux qui semblent appeler la mort, d'autant plus quand on sait que Van Gogh s'est suicidé seulement quelques jours après avoir peint ce tableau...


En offrant une dernière partie qui marie magnifiquement  tristesse et espoir, Mochizuki offre alors à son oeuvre une fin puissante dans ce qu'elle a à véhiculer à la fois  de dur, de terrible et d'optimiste sur ses personnages, sur leurs choix de vie et sur le regard inévitable de la société. Un joli pavé de plus de 300 pages qui met un terme à un récit superbe.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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