Fleurs du mal (les) Vol.4 - Actualité manga

Fleurs du mal (les) Vol.4

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 19 Juin 2017

Critique 3


Les mois sont passés depuis les aléas de la vaine évasion à travers champs. Takao ne s’est plus adressé à Nanako ni à Sawa. Il s’en était fallu de peu que le masque tombe. Les parents ordinaires – famille modèle lambda - de Takao sont un peu sous le choc : qu’ont-ils donc fait pour que leur enfant s’en vienne à pareilles attitudes ? 


Le vide… celui qui ronge de l’intérieur. La sensation du néant qui dévore les entrailles sans faiblir à boursouffler. Cette souffrance intime qui empiète le passé, noie le présent pour en abolir l’espoir et les rêves. Jusqu’au bout des ongles, c’est par cela qu’est désormais corrodé le protagoniste principal de l’histoire : Takao, quelconque collégien promis à un avenir courant dans une de ces bourgades coupées du monde en mouvement. Sauf que,  Takao et d’autres, ne sauraient, par instinct, le tolérer. Le mal-être les tourmente. La sensation du vide les mordille. L’absence de projection grandissante compromet leur équilibre psychologique : Nanako ne cesse de pleurnicher ; Takao est devenu piètre esclave ; Sawa demeure une folle machiavélique. 


L’auteur instaure une coupure entre ses personnages pour mieux en redéfinir les rapports. Et pas forcément dans le sens que pourra en attendre le lecteur. Il paraîtra très étrange, et pour ne point dire délicieusement dérangeant, que Shuzo Oshimi esquisse l’odieuse Sawa comme l’objet de la beauté et le réceptacle de toutes les attentions. Notamment durant cette séquence lors de laquelle, égaré dans un de ses rêves, Takao se retrouvera dans un champ foulé de fleurs noires et emportées par les vents, face à une Sawa de la posture la plus envoutante qui soit ; des planches résolument superbes : l’auteur y est parfois très consciencieux. Il est ressenti chez ledit Shuzo Oshimi toute la volonté à faire en sorte que le lectorat puisse tout à la fois être, comme le semblera Takao, écœuré et ensorcelé par Sawa, la muse du mal. Et ceux qui n’y verront que le climax d’une petite lubie de culotte nipponesque  n’y auront rien compris.


 


Il y a quelque chose de hautement saisissant dans cette atmosphère d’humanité qui s’en laisse aller doucement vers sa ruine. Le théâtre de cette petite ville perdue dans les montagnes, couper du monde, et dont les sommets même effacent tout horizon. Un environnement similaire et calqué sur le patelin où avait pu grandir l’auteur. En fin de volume, il est merveilleux que Shuzo Oshimi partage quelques-unes  des photographies  de sa ville natale. Des clichés dont les endroits inspirèrent certaines scènes clés de l’histoire. Cette démarche confère à l’œuvre un indicible supplément d’âme. 


Si « pauvre merde, gros pervers, déchet, cafard, vermine, charogne », ou qu’en saura-t-il encore, sont les mots qui, parmi d’autres, arboreront la sous-couverture du présent ouvrage, ils seront pareillement les propos qui ressassent dans les pensées de Sawa, une adolescente en proie à un mal existentiel dont l’expression se voudra d’une violence véhémente : petite perversité exacerbée ou appel à l’aide désespéré ? 


Sans doute, Les Fleurs du Mal s’avère être, à ce stade et sans guère de mal, le plus éloquent shonen en cours de publication en France.


Critique 2


Takao se sent plus vide que jamais. Après avoir rompu avec Nanako, qui a découvert les vices de son désormais ex petit-ami, il voit Sawa se détourner de lui, après s’être montré incapable d’aller avec elle de « l’autre côté ». Rongé par le remord et se sentant plus que jamais comme un intrus parmi ceux qui l’entourent, Takao va tout faire pour regagner l’intérêt de Sawa…


Ce volume est celui du regret, un tome durant lequel Takao va éprouver bien des remords pour ne pas avoir su satisfaire l’intérêt de Sawa qui hante ses pensées en permanence. Ce quatrième tome se penche alors sur le quotidien presque neuf du héros, une routine où le protagoniste a pris conscience de la barrière qui le sépare du commun des mortels, une barrière qui pique plus que jamais son envie de s’évader de cette normalité. Et cette évasion, c’est avec Sawa qu’il veut la faire. Le côté tranche de vie des Fleurs du Mal prend ainsi une tournure un peu plus dérangeante à chaque opus, une sensation ici mise en avant par le rejet d’autrui envers Takao, son entourage ne cherchant jamais à comprendre la psychologie du jeune homme. Les intentions de Shuzo Oshimi sont alors brillantes : le lecteur se range plus facilement du côté de Takao ou Sawa que celui de son entourage, ce par la manière de l’auteur de dépeindre la « normalité » sous un jour lisse, fade et amer d’hypocrisie. Dès lors, le lecteur ne peut que soutenir la quête du jeune homme et rire des tabous qu’il franchit progressivement, chapitre après chapitre.


L’œuvre progresse donc dans ses intentions scénaristiques, mais il n’oublie jamais de traiter ses trois personnages principaux en accord avec les thématiques de la série. Si le cas Takao est évident, car le récit se déroule selon son point de vue et ses actions, Sawa et Nanako ne sont jamais en reste. Ainsi, la découverte du cadre familial de Sawa apporte de la normalité à ce personnage presque mystique, un contraste évident avec les tourments qui la rongent et que nous découvrons par la même occasion, rendant la demoiselle de plus en plus semblable et Takao. C’est bien par cette compréhension qui nous est offerte que la jeune fille, malgré son comportement brutal, nous apparait de plus en plus attachante. Nanako, elle, se montre un peu plus en retrait, mais ne reste pas statique au sein de l’œuvre. Archétype de la collégienne belle et parfaite, l’intrigue la fait doucement progresser vers l’autre côté de la barrière, celui où Takao et Sawa cherchent à vivre, comme si Shuzo Oshimi pointait du doigt des clichés de personnages on ne peut plus parfaits, et particulièrement irréalistes.


Comme l’a fait le second opus, ce tome quatre permet à la série d’atteindre un nouveau cap sur sa toute fin. Le voyage vers « l’autre côté » des deux héros semble bien lancé, leur combat contre le monde qui les entoure aussi. Autant dire que l’impatience de découvrir la suite est présente et de plus en plus palpable ! Toujours aussi dérangeant par son ambiance et poétique par ses thématiques, Les Fleurs du Mal est une œuvre qui continue de nous marquer, volume après volume.


Côté édition, on notera un changement net sur la couverture, aussi bien que le visuel que dans sa fabrication. Ainsi, le papier couché mât est remplacé par un papier plus solide, presque cartonné, à l’image du matériel utilisé sur Reine d’Egypte ou Père et Fils. Le style du visuel change aussi, la patte épurée des couvertures des trois premiers tomes étant troquée par un style plus sombre et torturé, à l’image du tournant de la série, où Sawa apparaît sur un fond noir, plus envoutante que jamais. Sachant que les couvertures japonaises ont profité d’autres changements graphiques au fil des tomes, reste à voir si Ki-oon fera évoluer le style de ses jaquettes de la même manière.


Critique 1


Dans leur désir de dépasser les interdits, de briser eux-mêmes les barrières de la norme imposée par la société en s'enfuyant au-delà des montagnes enserrant leur ville comme une prison, Takao et Sawa n'ont pourtant pas pu aller au bout de leur projet de passer de l'autre côté. Une Nanako désespérée les a rattrapés en implorant Takao de revenir vers elle, puis la police n'a pas tardé à débarquer à son tour en ramenant tout le monde chez soi. En rentrant chez lui, Takao a dû se confronter aux habituelles contraintes de la société : l'inquiétude d'un père, une mère qui se désespère en pensant avoir raté l'éducation de son fils, des excuses... Et au collège, tandis qu'il préfère ignorer Nanako, il est incapable de se réconcilier avec Sawa qui lui reproche ce qu'il a dit à la fin de leur fuite. Ai, meilleure amie de Nanako, lui reproche son comportement. Quant à ses "amis" Ken et Masakazu, ils sont devenus plus distants. 


Entre Sawako et Nanako, représentant chacune une voie possible à suivre, le jeune garçon semblait pourtant avoir déjà fait un possible choix. Mais dans son esprit embrumé, les obsessions de Takao se cristallisent encore plus qu'avant...

"Je vais finir ma vie tout seul, dans cette ville, sans jamais être allé nulle part..."

Après nous avoir montré en début de tome les conséquences de la fuite de Takao et de Sawa sur leur entourage, sur Nanako et, surtout, sur eux-mêmes, Shûzô Oshimi enclenche la prise de conscience de son personnage principal quant au choix qu'il souhaite faire, et cela se fait en premier lieu par une nouvelle rêverie obsessionnelle et symbolique, où le jeune garçon parcourt un champ de "fleurs du mal" à la rencontre de celle qui, désormais, l'obsède, a brisé son masque et a élargi son champ de vision. Le passage est aussi puissant dans son découpage peu académique que dans l'aspect un petit peu plus crayonné que l'auteur y glisse, ce qui lui confère une atmosphère impeccable.

Dès lors, la suite du volume se dessine en quelque sorte comme une reconquête, celle d'un adolescent déterminé à se faire pardonner auprès de celle qui l'obsède, autant pour elle, pour qu'elle ne soit plus seule dans cette ville, que pour lui, pour qu'il ne perde pas ce qu'il a récemment entrevu auprès d'elle.
Tout cela traduit surtout une chose : Takao a bien évolué. Désormais, celui qui est habituellement passif et enfoncé dans une sorte de spleen agit, cherche comment aller "de l'autre côté" dans cette ville, sans quitter la cité puisqu'on les en empêche. Et même si l'idée des culottes pourra paraître un peu basique, il ne faut surtout pas oublier que les personnages ne sont que des collégiens agissant avec les moyens qu'ils ont.
Au-delà de cette idée, l'évolution de Takao se ressent beaucoup à travers un autre point : le fait qu'il affirme ne plus avoir besoin des livres. Car à présent, pour s'échapper de ce quotidien étriqué, il a quelqu'un à ses côtés.
Le dernier point très intéressant de ce volume concerne l'incursion de Takao chez Sawa, le jeune garçon ayant alors l'occasion d'entrevoir un peu plus l'intimité de l'adolescente dans sa demeure : sa chambre où il pénètre sans y être autorisé, sa situation familiale... La nébuleuse et fascinante Sawa se dévoile alors légèrement plus.

Ce quatrième volume est celui du choix pour Takao, mais aussi celui de la confirmation. L'adolescent prend conscience de ce qui l'obsède et passe à l'acte, Shûzô Oshimi sert très bien son propos par ses habituelles qualités visuelles (entre autres, certains regards et certains visages de Sawa sont, une nouvelle fois, puissants), et l'on attend impatiemment de voir quelles seront les conséquences des choix du jeune garçon, surtout vis-à-vis de Nanako.

En fin de volume, le mangaka continue de se livrer un peu, en proposant cette fois-ci quelques pages de repérages où il présente des photographies de lieux qui l'ont inspiré.


Critique 3 : L'avis du chroniqueur
Alphonse

16 20
Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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