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Dead Dead Demon’s DeDeDeDe Destruction Vol.3

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 17 Mai 2017

Critique 2

Il y aurait tellement de choses à dire sur ce livre. L’œuvre est d’une densité certaine. Et pour cause, les procédés utilisés par l’auteur en ce sens sont nombreux. Peut-être convient-il d’en évoquer quelques-uns davantage que d’autres. D’abord, la narration fait se succéder quantité de brèves séquences. De très nombreuses saynètes du quotidien où intervient une grande diversité de personnages. Chacun ayant ses moments de joie et de doute. Puis, les strates se superposent avec rythme : cellules familiales éloignées des habitudes sociales jusqu’alors répandues ; le sens des mots et la valeur de la parole se perdent ; les délires sur les avancées scientifiques dans le domaine de l’armement ; aspects géopolitiques inhérents à la spécificité militaire de la relation américano-nipponne.

Encore, l’ultra-détail du dessin nourrit une gravité à la fois belle et incertaine. Et, la masse importante de clins d’œil surprend : qu’ils purent concerner des précédentes œuvres de l’auteur ou qu’ils furent nouveaux. Tel ce chien bouffi apparaissant régulièrement, en coin de page ou en arrière plan, dont il sera hésité entre l’air benêt ou la mine désabusée : figure de style de cette humanité à la ramasse, au mauvais endroit au moment non-souhaité et ne sachant comment l’appréhender ?

Des personnages toujours plus complexes, étranges et vrais. Notamment cet enseignant raté, lâche et mou du bulbe qui, l’air de rien, et usant d’un second degré douteux, fait des avances à une de ses élèves. Ou encore cette larve à ordinateur, sorte de suidé manipulateur dépensant son temps à répandre un piètre venin sur la toile. Et surtout, ici, un frêle éclat de lumière, la lycéenne Ai : binoclarde à l’apparence enfantine ; jeune fille au sens des responsabilités un brin aiguisées ; petit bout d’humanité sous le poids des contraintes de son temps.

Cette demoiselle offrira donc un interstice qui manquait cruellement jusqu’alors : du temps long, voire un bon creux romanesque. Car si l’auteur parvenait, à l’instar d’un de ces acrobates aguerris, à traiter une large palette de personnages, il le faisait au détriment d’un temps long lui permettant l’exploration assidue des tréfonds de l’âme humaine, comme il pouvait exceller à le faire lors de certaines de ses précédentes séries. Bref, un rendez-vous galant dans un crépusculaire océan d’incertitude à l’intérieur duquel les ressentis et les préoccupations des jeunes gens demeurent étonnement les mêmes que ceux d’aujourd’hui et d’hier.

Inio Asano s’offre la complexité. Il s’amuse à la confusion et se plait au dérangeant. Il moque l’absurdité du comportement humain pour meilleurement le pourfendre. L’esquisse de ce duo de soldats tristement lobotomisés qui s’en prennent tels des bourreaux à ces étranges bonshommes appelés extraterrestres, faisait de ces derniers des êtres davantage sensibles et enclins au sentiment que l’humain lui-même n’aurait pu y prétendre : saisissant.



Critique 1

A nouveau, la lecture de DDDD s'ouvre sur le manga dans le manga Isobeyan, mais cette fois-ci, c'est Naoki Watarase qui le bouquine. Tandis que le professeur questionne l'avenir de sa relation avec Hikari, Kadode et ses amies, elles, continuent d'envisager la fin de leurs années de lycée, et doivent s'interroger elles aussi sur leur futur tout en préparant les examens d'entrée à l'université. Toutefois, si futur il y a.
Face à l'étrange vaisseau cubique voguant dans le ciel, le Fujin se met à nouveau en action. L'appareil est abattu, se crashant alors sur le quartier de Kichijôji, et risquant bien de bouleverser plusieurs vies...

Takarada, directeur du développement du projet Fujin, cherche à rassurer le peuple. A la télévision, il l'assure, le futur canon géant "Chokujin" pourra bientôt frapper directement le vaisseau mère et annihiler les "méchants" envahisseurs. Parmi les modestes gens, on n'est pas tous rassurés, car même si on leur dit tout le temps qu'ils sont en sécurité, le pays semble en guerre. D'un côté, les infos défilent, on en profite notamment pour évoquer rapidement la mise en place de nouvelles lois, dans l'urgence. D'un autre côté, dans les rues, on s'inquiète, on prépare des manifestations, entre le désir de certains d'éradiquer totalement les envahisseurs, et le souhait d'autres de considérer ces extraterrestres comme des êtres vivants avant tout. Encore ailleurs, dans les hautes instances, on somme de ne pas tuer tous les envahisseurs, pour pouvoir continuer de justifier le prix mirobolant des Fujin et profiter du regain économique que la situation provoque. Dans tous les sens, on s'active, on s'inquiète, on se déchire... Et nos lycéennes, dans tout ça ?

Nos lycéennes, on les retrouve bien vite, continuant de préparer la nouvelle étape de leur vie qu'elles vont bientôt franchir. Le train-train quotidien, par lequel tout le monde passe. Ou presque. Car à l'aube de leur vie d'adulte, les jeunes filles vont connaître un terrible événement, qu'il est impossible de narrer sans trop en dire. Simplement, le lecteur est amené à découvrir la chose de la même manière que Kadode. Par une simple petite phrase, balancée à la télé un beau matin après le crash. Sur le chemin du lycée, les filles semblent encore avoir du mal à y croire, n'en disent presque aucun mot, jusqu'à la confirmation de leur toujours aussi détaché enseignant. Inio Asano nous délivre un drame insondable, et le livre à la perfection, comme il en a le secret, car il ne tombe dans aucune surenchère, et présente la chose simplement comme un fait divers. Mais un fait divers touchant plus fortement et plus tragiquement une poignée de personnes. C'est un grand bouleversement pour nos jeunes filles, mais un bouleversement dévoilé tout banalement, car noyé dans le flux d'une société qui ne s'arrête jamais.

Pour autant, la recette du mangaka ne change pas, et chaque page (littéralement) est l'occasion pour lui de continuer son portrait d'une société qui part (plus ou moins) tranquillement en vrille, portrait qu'il dresse avant tout à travers ses personnages noyés dans la masse. Kadode et Ôran doivent malgré tout continuer de préparer leurs examens d'entrée à Waseda, avec peut-être une désillusion à la clé, et donc en s'interrogeant plus que jamais sur leur avenir. On appréciera toujours autant les très nombreuses remarques de la géniale Ôran, qui mine de rien livre encore son flot d'observations cyniques ou délirantes qui tapent souvent juste. On adorera tout autant son frère Hiroshi et son utilisation du net qui a beaucoup de choses à dire. Et impossible de ne pas se prendre d'intérêt pour Ai Demoto, l'amie à lunettes de nos héroïnes, jusque là un brin plus discrète que les autres, et qui devient ici, pendant quelques dizaines de pages, la figure première. On suit avec beaucoup d'intérêt son rendez-vous avec Mojiya, un garçon qui s'intéresse à elle, car Asano, tout en dépeignant une adolescente comme les autres avec son lot d'interrogations, poursuit en toile de fond son portrait d'une société qui évolue, entre percée des partisans d'une éradication totale des envahisseurs, loi autorisant des sociétés de transport privées à éliminer les "envahisseurs errants"... Le monde devient toujours plus fou, allant ici jusqu'aux détails (des armes choisies comme emblèmes de la paix pour les JO de Tokyo, wow...), et l'artiste accompagne parfaitement cette folie avec le style plus "barré" qu'il développe sur cette série.

"On rigole au moins autant qu'avant, et c'est un peu ce qui nous sauve..."

Cette réplique d'Ai symbolise sans doute très bien l'état d'esprit de nos lycéennes, à l'heure où Tokyo part dans tous les sens, où elles connaissent des bouleversements personnels et sociétaux, alors même qu'elles doivent se préparer à devenir adultes. Les tourments sont là, comme la peur de perdre encore les gens qu'on aime, et les questions se font plus présentes dans certains esprits. Que faire pour la société ? Quel sens donner à sa vie ? Dans quoi trouver le bonheur ?

"Tu crois... qu'on arrivera à devenir des adultes ?"

Plus encore que dans les deux premiers volumes, Inio Asano nous offre un portrait de société brillant, où la part de science-fiction ne fait que refléter d'innombrables réalités de notre époque, et où les personnages tentent simplement de se construire, de trouver leur place et d'exister dans une jungle sociétale étouffante.
Le monde continue de tourner. N'importe comment, mais il tourne. Pour combien de temps encore ?

Au-delà du papier un peu fin et d'une encre pouvant parfois baver un peu, Kana continue de livrer une édition franchement satisfaisante. On appréciera surtout la traduction bien tournée de Thibaud Desbief, et le désir de bien faire sur certains choix d'adaptation, comme en page d'ouverture du chapitre 22 où le "D" géant a un rendu très fidèle au kana que l'on trouve dans l'édition japonaise.

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Alphonse

17.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

18.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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