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Persona 5

Le test du jeu video:

Publié le Mercredi, 10 Mai 2017

La saga Persona a une histoire très particulière. D’abord un spin-off à la franchise Shin Megami Tensei, Persona a eu pour vocation de séduire le grand public tout en constituant des expériences vidéoludiques originales. Et effectivement, Persona 3 et Persona 4 ont littéralement cassé les codes du J-RPG en prenant l’allure de simulations de vie lycéenne, dans un cadre urbain et moderne donc. La dimension J-RPG se traduit pas l'installation d'une trame de fond fantastique qui vient justifier le fait que des adolescents s’adonne à l’exploration de dimensions parallèles en invoquant des entités psychiques, le tout une fois les cours terminés bien entendu. Persona a énormément gagné en popularité depuis son quatrième opus, si bien que le spin-off est devenu une franchise à part entière avec son lot de dérivés : des mangas, des anime, des goodies… et même ses propres spin-off vidéoludiques qui se payaient le luxe d’explorer différents genres, du jeu de combat avec le diptyque Arena au jeu de rythme avec Dancing All Night.

Rien d’étonnant donc à ce que Persona 5 ait entretenu de très fortes attentes, d’abord au sein de la communauté de fans, mais aussi auprès du grand public grâce à des trailers mettant en avant la direction artistique particulièrement stylisée du jeu. D’abord prévu pour 2014, Persona 5 est sorti avec un retard non négligeable. Le jeu a vu le jour au Japon en septembre dernier, et c’est uniquement début avril 2017 que l’Europe a pu en profiter, à travers différentes édition dont une qui n’est pas sans panache, mais nous y reviendrons. Alors, quel bilan pour ce cinquième épisode ? Reprend-il les codes des deux précédents volets ? Est-il aussi addictif et captivant que Persona 3 et 4 ? Comment sort-il son épingle du jeu ? On ne vous fera pas attendre plus longtemps pour connaître notre bref verdict : Persona 5 est un grand jeu, et probablement le plus maîtrisé et abouti de la saga.



Un peu d’histoire d’abord, puisque l’intrigue est un élément de Persona aussi essentiel que son gameplay. Une fois n’est pas coutume, vous dirigez un protagoniste presque muet et qui portera le nom que vous lui donnez. Suite à une injustice policière, cet adolescent se trouve en période de probation et doit emménager à Tokyo, chez une vague connaissance de ses parents, non loin du lycée Shujin, seul établissement qui a bien voulu de lui.
Une nouvelle vie qui commence, certes, mais elle démarre de manière brutale. Dès le premier jour de cours, le héros fait la connaissance de Ryuji, lycéen peu fréquentable de prime abord, et tous deux découvrent l’existence d’une dimension parallèle liée à une application mystérieusement apparue sur leurs téléphones respectifs. Au contact de Morgana, étrange petit chat qui parle, ils apprennent la nature de ce monde : une dimension où naissent chez les êtres corrompus les « Palaces », lieux matérialisant leurs désirs distordus. En l’occurrence, c’est le professeur Kamoshida qui fait l’objet de l’un de ces lieux et pour cause, ce dernier, dirigeant le club de volley-ball, maltraite ses élèves et harcèle sexuellement certaines demoiselles. Mais le plus importants est que dans ces lieux résident les « Shadows », des entités issues des cœurs corrompus des humains, tandis que nos héros peuvent invoquer leurs « Personae », des matérialisations de leurs inconscients, pour peu qu’ils refusent de se soumettre à ce monde où la vie est dictée de toutes pièces par les hautes institutions. Aux côtés d’Ann Takamaki, métisse japano-américaine, Ryuji et Morgana, le héros va fonder les Phantom Thieves, autrement dit les « Voleurs Fantômes », une bande décidée à purifier la société en volant les « trésors » des Palace, véritable cœur des individus fortement corrompus et puissants au sein de ce monde…



Une nouvelle aventure qui commence, certes, mais les fans des deux épisodes précédents ne seront pas totalement dépaysés. Sous la tutelle du fameux trio Katsura Hashino, Shoji Meguro et Shigenori Soejima, Persona 5 s’ancre dans la lignée des épisodes trois et quatre, tant dans le schéma que dans les facettes de gameplay proposées. Le jeu se déroule selon un calendrier préconçu, allant du mois d’avril au mois de mars suivant avec quelques ellipses vers la fin du jeu, autrement dit une année scolaire selon le système japonais. Choix de gameplay qui n’a rien d’un hasard puisqu’avant tout, Persona 5 vous met dans la peau d’un lycéen. Certes, son année s’annonce mouvementée, mais le protagoniste est avant tout un adolescent qui ne peut se soustraire de ses activités d’individu mineur au sein de la société. Le jeu fait alors défiler les jours où le joueur, selon ses choix, pourra aussi bien étudier que trouver un petit boulot, ou alors nouer moult interactions sociales. Comme dans Persona 3 et 4 en somme.
Mais si cette immersion est particulièrement plaisante aux yeux d’un joueur occidental, elle ne se suffit pas à elle-même et impact fortement l’autre dimension du jeu, la « phase J-RPG ». Car aussi lycéens que soient les héros, ils vont former le groupe des Phantom Thieves avec l’objectif d’infiltrer les Palaces de quelques individus aux cœurs distordus, afin de permettre une rédemption à ces âmes corrompues. Au cœur de ces Palaces, les donjons du jeu, le joueur utilisera les personnages mis à sa disposition et, surtout, leurs Personae. Si ceux qui accompagnent le protagoniste ont une entité bien définie, le héros a le pouvoir d’invoquer une multitude de Personae qu’il vous faudra gagner par des négociations avec les ennemis, une mécanique des trois premiers jeux de la saga qui fait son grand retour. Alors, quels liens entre les deux phases du jeu ? En réalité, chaque action (ou presque) de la séquence de vie étudiante va influer sur la phase d’exploration des donjons, à commencer par les liens sociaux (abandonnant le nom de Social Links pour Confidants) qui permettront un bonus d’expérience lors de la fusion des Personae, mais aussi de débloquer différentes actions qui s’avèreront utiles pour progresser dans le jeu. Plus vous mènerez une riche vie d’adolescent, plus les possibilités d’évoluer seront nombreuses.



C’est en ce sens qu’Atlus a travaillé : faire de Persona 5 le digne héritier des épisodes précédents, tout en poussant les mécaniques de gameplay encore plus loin. Ainsi, le jeu se veut plus cohérent dans ses idées par les interactions plus soutenues entre les deux phases, si bien qu’il vous faudra parfois revenir dans la réalité pour accomplir une action qui impactera le donjon en cours et vous permettra de progresser. Le soft se veut aussi plus complet par sa manière de réunir tous les ingrédients phases de la licence tout en ancrant aussi ces mécaniques dans les séquences de vie lycéenne. Pour revenir à ce qui a été évoqué précédemment, un faudra négocier avec l’ennemi pour qu’il devienne une Persona, et c’est en développant vos liens avec vos compagnons des Phantom Thieves que de nouvelles manière de convaincre vos proies émergeront. De même, un camarade qui vous est cher pourra suivre votre action en portant un coup critique aux adversaires ou en encaissant un dégât mortel à votre place, non négligeable quand on sait que le KO du protagoniste signifie un retour à la dernière sauvegarde, ou bien aux « safe-room », ces endroits du donjon où sauvegarder et souffler un peu vous sera permis. Citer tous les éléments du jeu qui attestent la richesse du gameplay ou la manière dont Persona 5 a puisé chez ses aînés, sont long : retour des skill cards (cartes permettant d’apprendre des attaques à vos Personae), présence du Mementos (grand donjon souterrain dans lequel vous pourrez aller selon votre bon vouloir pour accomplir des quêtes ou gagner en expérience), système de fusion qui a un peu évolué… D’une manière générale, il convient de dire que le gameplay de ce cinquième épisode, en plus d’être passionnant, est le plus abouti de la saga à l’heure actuelle, tant celui-ci consolide les bases amorcées par le troisième épisode, tout en se payant le luxe de puiser dans les deux premiers opus.



L’un des défauts du quatrième épisode, et du troisième à partir de l’instant où l’on pouvait contrôler chacun des membres de son équipe durant un combat, est peut-être le manque de challenge. S’il était frustrant de se faire avoir par un adversaire sachant que la dernière sauvegarde remontait à quelques heures, heures perdues donc, la progression ne posait pas vraiment de soucis pour peu que le joueur soit attentif et organisé dans son avancée. Dans Persona 5, Atlus a veillé à offrir plus d’adversité au joueur, il en résulte alors un équilibre quasi parfait. Dans ce cinquième épisode, chaque combat doit être minutieusement pensé, sous peine de gaspiller de précieux SP, indispensables pour utiliser les pouvoirs des Personae, qu’il est difficile de regagner. Les ennemis ont tendance à poser plus de résistance que dans les épisodes précédents et leur sélection au sein d’un Palace n’a rien d’un hasard, Atlus ayant bien calculé quel degré de challenge proposer à chaque donjon. Le cinquième Palace mettra peut-être les nerfs à rude épreuve, surtout pour le joueur cherchant à accomplir un donjon en une seule journée pour consacrer le reste de sa semaine à draguer les minettes ou manger au fast-food du coin : les ennemis résistent, pour la plupart, aux attaques physiques et impliquent une utilisation constante des SP. Bien-sûr, la stratégie propre aux épisodes 3 et 4, à base d’exploitation de faiblesses permet une progression fluide si on utilise sa jugeote en permanence. Mais aller trop vite est souvent une erreur fatale qui peut engendrer le game over…
Dans cette ordre d’idées, exit les donjons générés aléatoirement : tous les Palace, sauf le Mementos, sont structurés de A à Z, proposent souvent de petites énigmes ou procédés à respecter pour progresser, chaque donjon accueillant ses propres mécaniques. Le joueur n’est donc jamais en terrain connu et doit rester sur ses gardes, l’immersion est donc plus difficile mais aussi plus passionnante, un donjon ne ressemblant jamais au précédent.

Dans la formule, tout paraît solidement bâti. Le tout est alors sublimé par la direction artistique, ses menus stylisés, ses actions qui le sont tout autant, sa bande-originale jazzy par moments et rock dans d’autres, ses séquences animées d’excellente facture grâce au studio Production I.G… Dans l’esthétique, Persona 5 se veut aussi plus exaltant, et démontre toute la créativité du trio Hashino, Soejima et Meguro.



Enfin, il convient d’évoquer l’histoire du jeu et ses thématiques, si bien exploitées que le jeu mériterait un dossier. Après la mort dans Persona 3 et la quête de la vérité et la recherche de soi dans Persona 4, le cinquième épisode s’attaque à un sujet plus parlant : la corruption et la prison que peut représenter une société dirigée par les puissants. Chaque Palace aborde l’un des sept péchés capitaux, fruit de la corruption humaine, et l’exploitera à travers différents personnages tout en sachant que c’est ces aspects de la distorsion du monde que les Phantom Thieves voudront changer. Le jeu se montre ainsi dur dans ses intrigues, parlant aussi bien d’un professeur malintentionné qui utilise son autorité pour agresser et harceler ses élèves sexuellement, ou d’un artiste en déclin plagiant ses élèves à tel point que certains sont poussés au suicide. Persona 5 ne passe pas par quatre chemin, un de ses antagonistes est même un cinglant clin d’œil aux affaires politiques qu’on pouvait même retrouver en France dernièrement, quand l’arc final dresse un portrait quasi biblique de l’emprisonnement de la société tant celle-ci se complaît dans son manque de libertés. Et comme d’habitude, il faudra attendre les dernier donjon pour connaître le fin mot de l’histoire et savoir où Persona 5 voulait en venir. Certains choix narratifs sont osés par rapport au bilan de la licence, l’intrigue part évidemment dans une certaine démesure sur sa fin, mais chaque parcelle du scénario n’est pas dû au hasard, et les pièces de l’intrigues s’emboîtent parfaitement pour donner un récit passionnant qu’on se plaira à redécouvrir dans une seconde partie, appuyant des thèmes particulièrement forts et actuels. Il est d’ailleurs amusant que Katsura Hashino se soit rassuré de l’engouement occidental pour un jeu qu’il jugeait trop japonais, quand on sait que les thématiques du jeu concernent l’ensemble des sociétés industrialisées modernes.



Depuis quelques années, la mode est aux éditions collector en ce qui concerne les licences juteuses. Fait étonnant, Persona 5 a eu sa propre édition limitée en Europe, à travers un joli coffret classement intitulé « Take Your Heart », référence évidente aux Phantom Tieves. L’édition de présente sous forme d’une imposante boîte associant différents artworks, boîte contenue dans un fourreau cartonné à l’effigie de la jaquette du jeu. Un beau packaging donc, qui contient le jeu dans sa version steelbook, une reproduction fidèle du sac du lycée Shujin, une mignonne peluche Morgana, une bande-originale partielle et un art-book. Globalement, le tout est d’excellente facture et le collector constitue une belle pièce de collection. Reste qu’une sélection de 20 musiques est très faible, la bande-originale complète en comptant 114, de nombreuses pistes clefs manquant alors à l’appel dans ce best-of. Concernant l’art-book, il est dommage que l’édition européenne propose un papier blanc très transparent, laissant apparaître les illustrations de la page suivante. Reste que pour vingt euros de plus que le plus standard, on aurait tort de passer à côté de cette belle pièce.



Graphismes :

Etant donné le retard dans le développement de Persona 5, le jeu est sorti sur Playstation 4 et Playstation 3, mais il était prévu sur la troisième de la gamme des consoles de salon Sony. Le jeu est pourtant loin d’être repoussant, ce grâce à une direction artistique particulièrement léchée qui attestent le délire esthétique d’Atlus qui séduit sans avoir besoin de passer par des révolutions graphiques. On apprécie aussi ce jonglage entre events du jeu, en 3D, et des cinématiques d’animation précises et bien animées.


Durée de vie :

Persona 5 est un jeu particulièrement long, ne serait-ce dans sa phase d’introduction. Aussi, vous serez libre de vos mouvements après une dizaine d’heures de jeu au minimum, tandis qu’il vous en faudra une centaine pour terminer l’aventure qui, entre des donjons longs et de très nombreuses phases de dialogues qui développent aussi bien l’intrigue que les liens entre personnage, demandera beaucoup de temps. Persona 5 étant un univers riche qui ne vous permettra pas de tout accomplir en une partie, comptez deux ou trois aventures pour découvrir tout ce que le soft a à proposer.


Jouabilité :

Le gameplay de Persona 5 est d’une grande richesse, que ce soit lors des phases de vie lycéenne ou les explorations de donjons. Les habitués des deux épisodes précédents se trouveront en terrain connu bien que les mécaniques globales se soient enrichies de nouvelles dimension, rendant le jeu passionnant par les multiples possibilités qu’il offre. Côté donjon, chaque Palace offre ses spécificités et ses propres mécaniques, aussi on redécouvre le jeu à chacun de ses arcs narratifs.


Bande-son :

Une fois n’est pas coutume, le musicien Shoji Meguro est à la direction de la bande-originale qui troque les airs pop de Persona 3 et Persona 4 contre une ambiance musicale plus jazzy. Si les thèmes restent parfois moins en tête que dans les épisodes précédents, ils servent à merveille l’ambiance du jeu, cette aventure de camarades hors-la-loi en marge de la société, en quête de libertés. Persona 4 brillait par son aura conviviale, Persona 5 l’interprète à sa manière, sous des airs plus matures.
On notera aussi qu’après Yumi Kawamura pour le troisième épisode et Shihoko Hirata pour Persona 4, une nouvelle chanteuse est attitrée à ce cinquième opus : Lyn. Chanteuse spécialisée dans la soul, sa voix correspond parfaitement à la direction musicale de Persona 5. Et si les pistes chantées sont finalement peu nombreuses, elles n’en sont pas moins percutantes par leur sens, le rapport des paroles au jeu, et le chant puissant de Lyn.


Scénario :

L’intrigue captive facilement en plantant rapidement des thématiques sociales qui parleront à tous. Chaque Palace amenant un pêché à détruire, le jeu entretient son rythme et intéresse à chacune de ses intrigues. Mais c’est bien lorsque le scénario relie les différents points du jeu entre eux et révèles les complots finaux que le tout prend de sa puissance. Il faudra ainsi accepter la démesure de la fin du jeu, une véritable marque de fabrique dans les Persona qui ne surprendra guère les fans de la licence, sachant que chaque choix narratif a du sens par rapport au récit et ses thématiques. Evidemment, difficile d’expliciter cela par des exemples, car un jeu comme Persona 5 doit conserver tous ses mystères.


En conclusion :

Persona 5 n’est peut-être pas un jeu parfait. Certains trouveront l’abondance de textes rébarbative, le scénario complexe (notamment sur sa fin) ou les phases de vie lycéenne déroutantes. Mais c’est aussi ces éléments qui font des Persona des jeux à part entière et dans la direction empruntée depuis le troisième opus, le dernier né de la saga en est son apogée. Entre des échos cohérents entre les deux phases de jeu, des personnages attachants qu’on se plait à découvrir dans les phases de vie sociale, l’exploration passionnante des donjons, le scénario maîtrisé et porteur de thématiques plus qu’actuelles et un gameplay riche et diversifié, il paraîtra difficile de faire mieux que Persona 5 en ce qui concerne la formule actuelle de la saga. Alors, le cinquième volet de la franchise est un jeu qui se savoure, qui happe dans le quotidien de lycéens menant un combat contre les pire facettes de l'humanité, et qui fait ainsi réfléchir sur notre société et nos propres actions.

Maintenant que Katsura Hashino n’est plus sur la licence, un renouveau est envisageable, mais serait-il raisonnable sachant que la franchise n’aura jamais été si populaire ? Affaire à suivre. Mais jusque-là, Atlus nous laissera le temps d’apprécier les moult possibilité de ce cinquième opus, qui, dès que la partie est entamée, est difficile à lâcher.

Chroniqueur: Takato


Note de la rédaction








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